Enfin quand le soleil eut disparu, que les monts eurent repris leur teinte uniformément blanche, nous nous aperçûmes que nous grelottions de froid, car nous étions dans la région des neiges, il était temps de rentrer, souper d'abord et nous coucher ensuite, car le lendemain le réveil était pressé.

Heureusement nous avions avec nous quelques provisions, car il y avait peu de chose à l'auberge pour assaisonner le pain dur que nous y avions trouvé.

Comme je l'ai dit, les lits avaient triste apparence; mais s'ils étaient durs, au moins ils étaient chauds. Il est vrai que nous nous étions couchés presque tout habillés, et que nous avions pour nous couvrir d'assez confortables édredons; c'est la seule fois de ma vie que je m'en suis servi avec plaisir.

Le lendemain matin, nous eûmes le spectacle inverse du lever du soleil, derrière la chaîne des Alpes, avec des effets fantastiques de lumière, chaque fois qu'une vallée blanche nouvelle était éclairée. Ce beau spectacle n'était pas cependant à comparer à celui que nous avions vu la veille, dont aucune description ne peut rendre compte.

Nous éprouvâmes presque autant de difficultés pour descendre, que nous en avions eues pour monter; bien que les guides ne lâchassent pas les chevaux, nos dames n'étaient pas rassurées en les voyant marcher aux bords des précipices, chose toujours plus effrayante à la descente qu'à la montée.

Arrivés sains et saufs à Grindelwald, nous avons regagné Interlaken en voiture. Pour aller à Lucerne, nous avons d'abord traversé le délicieux lac de Brienz dans une barque à rames couverte d'une tente, car il n'y avait pas encore de bateaux à vapeur.

En route, nous fîmes une pause à la gracieuse cascade du Giesbach, où l'hôtel n'existait pas encore; mais une famille patriarcale recevait cordialement les étrangers, et leur faisait les honneurs des échos du lac, avec la trompe traditionnelle du pays.

Au bout du lac une voiture légère nous conduisit à Meyringen, où nous avons couché.

Le lendemain matin, après avoir admiré la belle cascade du Reienbach, nous prîmes quatre chevaux de selle et deux guides pour traverser le col du Brunig, et cheminer ainsi jusqu'à Alpenach sur le bord du lac de Lucerne.

Au sommet du Brunig, nous entrâmes dans un épais brouillard qui nous cachait presque complètement le chemin; les chevaux des dames étaient conduits à la main par nos guides, et les nôtres suivaient docilement leurs chefs de file.