—«Mesdames, dit Fiammette…»
VII
GALATÉE IDIOTE
—IRMA CARON—
Un matin que le dieu assembleur de nuages, Jupiter lui-même, était allé courir les amourettes, qui sait? peut-être sous son habit de cygne, ou bien déguisé en pluie d'or et en ouragan de banknotes, les autres dieux eurent la fantaisie d'entrer dans l'atelier où le fils de Saturne passe ses jours à modeler des figures d'hommes et de femmes, sans le secours d'aucun rapin, ni modèle, ni praticien quelconque. Comme chez tous les artistes, la porte fermait assez mal, et, quoiqu'ils n'eussent pas la clef, les olympiens n'éprouvèrent que très-peu de difficulté à pénétrer chez le maître.
Une fois introduits dans le sanctuaire, ils se mirent à regarder avec curiosité les ébauches, les figures inachevées qu'on avait couvertes de grands linges mouillés pour empêcher la terre de se durcir, et celles que le marbre dompté et révolté emprisonnait encore à demi. Apollon, Mercure et le jeune Bacchus regardaient surtout avec curiosité les images féminines, tandis que Diane et Vénus elle-même devenaient rêveuses devant le torse nu d'un berger adolescent. Les déesses couraient comme des folles sur les échafaudages, et jouaient avec les ébauchoirs. Vous voyez d'ici l'espièglerie que devaient amener ces enfantillages.
On résolut de mettre à profit l'absence du terrible Zeus pour sculpter sans lui, avec sa propre argile et ses propres outils, une femme parfaitement belle.
Comme toutes les fois qu'on joue la comédie en société ou qu'on fait de l'art entre amateurs, on chargea du gros de l'ouvrage le seul artiste qui fût présent, Vulcain. C'est lui qui modela en terre la nouvelle Galatée, et quel chef-d'oeuvre! Traits enfantins et superbes, ardente et riche crinière, bras dignes de l'arc, corps d'amazone victorieuse, pieds aux ongles purs, aux doigts écartés; Coysevox lui-même n'aurait pas fait mieux.
Puis Vénus dénoua sa ceinture et toucha le sein de Galatée, et elle lui donna ainsi le charme irrésistible.
Les autres dieux firent aussi leurs présents.