—Comiques! C'est inouï! Vous cire-t-il vos bottes?
—Quelquefois.
—Enfin! pourvu qu'il ne vous fasse pas cirer les siennes!
—Cela s'est vu. Un de nos plus grands poëtes a écrit des feuilletons tout exprès pour raconter à l'Europe les étourderies de son nègre. Voilà un garçon qui savait se faire cirer ses bottes par son maître! Quand les théâtres envoyaient des loges, ce charmant jeune homme, qu'on appelait Abdallah, faisait son choix dans le paquet de billets, et allait voir, en partie fine, un vaudeville selon son coeur.
—Faisait-il le feuilleton, au moins?
—Allons donc! Pour qui le prenez-vous? Par exemple, quand son maître l'envoyait toucher de l'argent dans quelque boutique, il s'acquittait scrupuleusement de la commission.
—Bah! il rapportait l'argent?
—Au contraire. C'était lui qu'on rapportait, au bout de trois jours, et avec un mémoire de deux cents francs. Comme je viens de vous le dire, il touchait très-bien l'argent; mais il avait l'habitude de le boire après.
—Et il buvait deux cents francs comme cela?
—Non, il consommait le reste en carreaux. Son maître l'adorait.