—Ah! dit celui-ci à Adolphina, tu ne m'as pas trompé, l'enfant est très-jolie! Ah çà, comment diable as-tu fait pour être la mère d'un bijou pareil? Tu dis qu'elle sait lire?

—Comme toi et moi.

—Eh bien! dis-lui qu'elle me lise quelques lignes, à haute voix, et bien lentement.

L'enfant, tout interdite, ne bougeait pas.

—Tu n'entends donc pas, petite mendiante, petite misérable! lui cria sa mère en la frappant violemment sur l'épaule.

—Oh! fit le directeur, je vois qu'elle a été bien élevée.

Minette ouvrit son livre et se mit à lire le conte de Gracieuse et Percinet, mais avec tant d'âme et d'intelligence, car ce beau récit était pour elle une histoire vraie, avec une voix si délicieusement sympathique et suave, que le directeur charmé prêtait l'oreille comme à une musique! Sans doute il n'eût pas songé de longtemps à interrompre la petite fille dont il contemplait la tête blonde et mélancolique avec le plaisir qu'on éprouve à laisser se prolonger un rêve agréable; mais le domestique entra.

—Monsieur… dit-il.

—Va-t'en au diable! s'écria le directeur avec une voix si bourrue que le valet s'enfuit épouvanté.

Puis, se retournant vers Adolphina: