XVI
LA MER ENRHUMÉE

La mer pince parfois des rhumes étonnants
Et sinistres. La nuit, elle dort toute nue,
Il est vrai, sous le grand ciel de suie, et la nue
Crève, glaçant son ventre et ses seins frissonnants.

Un catarrhe chronique en ses flots moutonnants
Se déchaîne, s'essouffle et la vague éternue
Avec un bruit rythmé de basse continue,
Par vous repris en chœur, échos environnants.

Elle tousse, elle éructe et renâcle, ô phtisie
De géant, redoutable en son hypocrisie,
Car parfois son chant doux monte, clair, vers le ciel.

Et ce n'est certes pas un mal artificiel
Où la quinteuse crache, en sa rage confuse,
Ses monstrueux poumons, méduse par méduse.


XVII
PETITS TROUS PAS CHERS

Par ces chaleurs caniculaires
La ville devient un enfer
Et court vers le chemin de fer
En quête de glaces polaires.

Les uns, les poumons aux abois,
S'envolent en foule nombreuse
Vers les nids de l'Ardenne ombreuse
Goûter le charme de ses bois.

Les autres, préférant les sables,
S'embarquent joyeux vers la mer
Et vont dans le flot dit amer
Tremper leurs charmes périssables.