Un vent morne courbait au loin les flots grandis;
L'océan larmoyait des hymnes mortuaires,
Orgue géant qui râle un lent De Profondis,
Et la vague semblait agiter des suaires...
La lune, triomphante et ronde, arda soudain.
Or, son disque flottant sur la mer incertaine,
Des grands oiseaux de nuit le funéraire essaim
S'en vint à très longs cris baiser cette patène.
XXIII
ROBES CLAIRES
Sur la digue ou le sable nu,
Dans l'envol des longues voilettes,
Ces dames vont trottant menu
En leurs transparentes toilettes.
L'œil à l'aise suit les contours
Sous l'étoffe qui les dessine
Et dans ces rayonnants atours
Mieux encore la belle assassine.
Elle sourit dans l'air vermeil...
Les cœurs sortent de leur sommeil
Et ne sont plus du tout polaires.
Complices des cieux en émoi,
Qui pourra compter, dites-moi,
Vos prouesses, ô robes claires.