Temps lugubre, ciel morne au front chargé de haine
Où galope en maudit le nuage au flanc lourd
Qui s'abat sur la mer sinistre, s'y déchaîne,
Crève et mêle son onde aux ondes du flot sourd.
Ni rires ni rayons: les plages sont désertes.
Déjà l'essaim frileux des baigneuses s'enfuit,
Les sables esseulés se tachent d'algues vertes
Où brillaient les talons féminins au doux bruit.
En grand courroux la mer hurle, mugit, se cabre,
Conviant les flots noirs à la valse macabre
Que cingle dans son vol l'aile des goëlands.
Loin, bien loin, par delà la vague aux cris troublants,
Comme au fond de mon cœur où vient sourdre une larme,
Gronde confusément quelque canon d'alarme.
IV
EAU BÉNITE
Or, donc on a béni la mer:
Oh! les trois fois heureuses vagues...
On nous purgea le flot amer
A grand renfort d'oraisons vagues.
On a béni sans doute aussi
Du même coup, les estacades.
Voilà, mesdames, Dieu merci!
De quoi refroidir vos cascades...
Mais cette bénédiction,
De par ses vertus accomplies,
Etendit-elle son onction
Sur les soles et sur les plies?
Peut-il, le goupillon sacré,
Répandre ses grâces congrues
Sur l'aiglefin, ventre nacré,
Et sur les maussades morues?