Le jour tombait, une pâle nuée,
Du haut du ciel laissait nonchalamment
Dans l'eau du fleuve à peine remuée,
Tremper les plis de son blanc vêtement.

La nuit parut, la nuit morne et sereine,
Portant le deuil de son frère le jour,
Et chaque étoile à son trône de reine,
En habits d'or s'en vint faire sa cour.

On entendait pleurer les tourterelles,
Et les enfants rêver dans leurs berceaux,
C'était dans l'air comme un frôlement d'aile,
Comme le bruit d'invisibles oiseaux.

Le ciel parlait à voix basse à la terre,
Comme au vieux temps ils parlaient en hébreu,
Et répétaient un acte du mystère;
Je n'y compris qu'un seul mot: c'était Dieu.

LA DERNIÈRE FEUILLE.

Dans la forêt chauve et rouillée,
Il ne reste plus au rameau
Qu'une pauvre feuille oubliée,
Rien qu'une feuille et qu'un oiseau.

Il ne reste plus dans mon âme
Qu'un seul amour pour y chanter,
Mais le vent d'automne qui brame,
Ne permet pas de l'écouter.

L'oiseau s'en va, la feuille tombe,
L'amour s'éteint, car c'est l'hiver;
Petit oiseau, viens sur ma tombe,
Chanter, quand l'arbre sera vert!

LE TROU DU SERPENT.

Au long des murs, quand le soleil y donne,
Pour réchauffer mon vieux sang engourdi;
Avec les chiens, auprès du lazarrone,
Je vais m'étendre à l'heure de midi.