LAMENTO.

LA CHANSON DU PÊCHEUR.

Ma belle amie est morte,
Je pleurerai toujours;
Sous la tombe elle emporte
Mon âme et mes amours.
Dans le ciel, sans m'attendre,
Elle s'en retourna;
L'ange qui l'emmena
Ne voulut pas me prendre.
Que mon sort est amer;
Ah, sans amour, s'en aller sur la mer!

La blanche créature
Est couchée au cercueil;
Comme dans la nature
Tout me paraît en deuil!
La colombe oubliée,
Pleure et songe à l'absent,
Mon âme pleure et sent
Qu'elle est dépareillée.
Que mon sort est amer;
Ah, sans amour, s'en aller sur la mer!

Sur moi la nuit immense
S'étend comme un linceul;
Je chante ma romance
Que le ciel entend seul.
Ah! comme elle était belle
Et comme je l'aimais!
Je n'aimerai jamais
Une femme autant qu'elle.
Que mon sort est amer;
Ah, sans amour, s'en aller sur la mer!

DÉDAIN.

Une pitié me prend quand à part moi je songe
A cette ambition terrible qui nous ronge,
De faire parmi tous reluire notre nom,
De ne voir s'élever par-dessus nous personne,
D'avoir vivant encor le nimbe et la couronne,
D'être salué grand comme Goëthe ou Byron.

C'est là le grand souci qui tous, tant que nous sommes,
Dans cet âge mauvais, austères jeunes hommes,
Nous fait le teint livide et nous cave les yeux;
La passion du beau nous tient et nous tourmente,
La sève sans issue au fond de nous fermente,
Et de ceux d'aujourd'hui bien peu deviendront vieux.

De ces frêles enfants, la terreur de leur mère,
Qui s'épuisent en vain à suivre leur chimère,
Combien déjà sont morts, combien encor mourront!
Combien au beau moment, gloire, ô froide statue,
Gloire que nous aimons et dont l'amour nous tue,
Pâles, sur ton épaule, ont incliné le front!

Ah! chercher sans trouver et suer sur un livre,
Travailler, oublier d'être heureux et de vivre;
Ne pas avoir une heure à dormir au soleil;
A courir dans les bois sans arrière-pensée,
Gémir d'une minute au plaisir dépensée,
Et faner dans sa fleur son beau printemps vermeil!