Si la brise tiède
Au vent froid succède;
Si le ciel est clair,
Moi, ma cheminée
N'est illuminée
Que d'un pâle éclair;
Le cercle folâtre
Abandonne l'âtre:
Pour moi c'est l'hiver.

Sur la cendre grise,
La pincette brise
Un charbon sans feu.
Adieu les paillettes,
Les blondes aigrettes;
Pour six mois adieu
La maîtresse bûche,
Où sous la peluche,
Sifflait le gaz bleu.

Dans ma niche creuse,
Ma natte boiteuse
Me tient en prison.
Quand l'insecte rôde,
Comme une émeraude,
Sous le vert gazon,
Moi seul je m'ennuie;
Un mur, noir de suie,
Est mon horizon.

ABSENCE.

Reviens, reviens, ma bien-aimée,
Comme une fleur loin du soleil;
La fleur de ma vie est fermée,
Loin de ton sourire vermeil.

Entre nos coeurs tant de distance;
Tant d'espace entre nos baisers.
O sort amer! ô dure absence!
O grands désirs inapaisés!

D'ici là-bas, que de campagnes,
Que de villes et de hameaux,
Que de vallons et de montagnes,
A lasser le pied des chevaux!

Au pays qui me prend ma belle,
Hélas! si je pouvais aller;
Et si mon corps avait une aile
Comme mon âme pour voler!

Par-dessus les vertes collines,
Les montagnes au front d'azur,
Les champs rayés et les ravines,
J'irai, d'un vol rapide et sûr.

Le corps ne suit pas la pensée;
Pour moi, mon âme, va tout droit,
Comme une colombe blessée,
T'abattre au rebord de son toit.