Loin, bien loin, égarant nos courses,
Faisons fuir le lapin caché,
Et le daim au miroir des sources
Admirant son grand bois penché;
Puis, chez nous, tout joyeux, tout aises,
En panier, enlaçant nos doigts,
Revenons rapportant des fraises
Des bois.
LE SOMMET DE LA TOUR.
Lorsque l'on veut monter aux tours des cathédrales,
On prend l'escalier noir qui roule ses spirales,
Comme un serpent de pierre au ventre du clocher.
L'on chemine d'abord dans une nuit profonde,
Sans trèfle de soleil et de lumière blonde,
Tâtant le mur des mains, de peur de trébucher;
Car les hautes maisons voisines de l'église
Vers le pied de la tour versent leur ombre grise,
Qu'un rayon lumineux ne vient jamais trancher.
S'envolant tout à coup, les chouettes peureuses
Vous flagellent le front de leurs ailes poudreuses,
Et les chauve-souris s'abattent sur vos bras.
Les spectres, les terreurs qui hantent les ténèbres,
Vous frôlent en passant de leurs crêpes funèbres;
Vous les entendez geindre et chuchoter tout bas.
A travers l'ombre on voit la chimère accroupie
Remuer, et l'écho de la voûte assoupie
Derrière votre pas suscite un autre pas.
Vous sentez à l'épaule une pénible haleine,
Un souffle intermittent, comme d'une âme en peine
Qu'on aurait éveillée et qui vous poursuivrait.
Et si l'humidité fait des yeux de la voûte,
Larmes du monument, tomber l'eau goutte à goutte,
Il semble qu'on dérange une ombre qui pleurait.