Désormais la rue était libre, et la victoire demeurait aux comédiens. Azolan et Basque, rampant sur leurs poignets, tâchaient de gagner quelque auvent pour reprendre leurs esprits. Labriche gisait comme un ivrogne en travers du ruisseau. Mérindol, moins grièvement navré, avait pris la poudre d’escampette sans doute pour que quelqu’un survécût au désastre, et le pût raconter. Cependant, en approchant de l’hôtel Vallombreuse, il ralentit le pas, car il allait se trouver en face de la colère du jeune duc, non moins redoutable que le gourdin d’Hérode. A cette idée la sueur lui coulait du front, et il ne sentait plus la douleur de son épaule luxée, après laquelle pendait un bras inerte et flasque comme une manche vide.

A peine était-il rentré à l’hôtel que le duc, impatient de savoir le succès de l’algarade, le fit appeler. Mérindol parut avec une contenance

Désormais la rue était libre et la victoire demeurait aux comédiens. ([Page 216.])

embarrassée et gauche, car il souffrait beaucoup de son bras. Sous le hâle de son teint se glissaient des pâleurs verdâtres, et une fine sueur lui perlait sur le front. Immobile et silencieux, il se tenait au seuil de la chambre, attendant un mot d’encouragement ou une question de la part du duc qui se taisait.

«Eh bien, dit le chevalier de Vidalinc voyant que Vallombreuse regardait Mérindol d’un air farouche, quelles nouvelles apportez-vous? Mauvaises, sans doute, car vous n’avez pas la mine fort triomphante.

—Monsieur le duc, répondit Mérindol, ne peut douter de notre zèle à exécuter ses ordres; mais cette fois la fortune a mal servi notre valeur.

—Comment cela? fit le duc avec un mouvement de colère; à vous quatre, vous n’avez pas réussi à bâtonner cet histrion?