La petite disait vrai; deux ou trois coups de feu retentirent dans le silence de la nuit. La garnison avait éventé l’attaque.

XVII.
LA BAGUE D’AMÉTHYSTE.

Montant les degrés quatre à quatre, Malartic, Bringuenarilles, Piedgris et Tordgueule accoururent dans la chambre d’Isabelle pour soutenir l’assaut et porter aide à Vallombreuse, tandis que La Râpée, Mérindol et les bretteurs ordinaires du duc, qu’il avait amenés avec lui, traversaient le fossé dans la barque afin d’opérer une sortie et de prendre l’ennemi en queue. Stratégie savante et digne d’un bon général d’armée!

La cime de l’arbre obstruait la fenêtre, d’ailleurs assez étroite, et ses branches s’étendaient presque jusqu’au milieu de la chambre; on ne pouvait donc présenter aux assaillants un assez large front de bataille. Malartic se rangea avec Piedgris d’un côté contre la muraille, et fit mettre de l’autre côté Tordgueule et Bringuenarilles pour qu’ils n’eussent pas à supporter la première furie de l’attaque et fussent plus à leur avantage. Avant d’entrer dans la place, il fallait franchir cette haie de gaillards farouches qui attendaient l’épée d’une main et le pistolet de l’autre. Tous avaient repris leurs masques, car nul de ces honnêtes gens ne se souciait d’être reconnu au cas où l’affaire tournerait mal, et c’était un spectacle assez effrayant que ces quatre hommes au visage noir, immobiles et silencieux comme des spectres.

«Retirez-vous ou masquez-vous, dit Malartic d’une voix basse à Vallombreuse, il est inutile qu’on vous voie en cette rencontre.

—Que m’importe? répondit le jeune duc, je ne crains personne au monde, et ceux qui m’auront vu n’iront pas le dire, ajouta-t-il en agitant son épée d’une façon menaçante.

—Emmenez au moins dans une autre pièce Isabelle, l’Hélène de cette autre guerre de Troie, qu’une pistolade égarée pourrait gâter d’aventure, ce qui serait dommage.»

Le duc trouvant le conseil judicieux, s’avança vers Isabelle qui se trouvait abritée avec Chiquita derrière un bahut de chêne, et la prit dans ses bras quoiqu’elle s’accrochât de ses doigts crispés aux saillies des sculptures et fît aux efforts de Vallombreuse la résistance la plus vive; cette vertueuse fille, surmontant les timidités de son sexe, préférait rester sur le champ de bataille, exposée à des balles et pointes d’épée qui n’eussent tué que sa vie, à demeurer seule avec Vallombreuse abritée du combat, mais exposée à des entreprises qui eussent tué son honneur.

«Non, non, laissez-moi,» s’écriait-elle en se débattant et en se rattrapant d’un effort désespéré au chambranle de la porte, car elle sentait que Sigognac ne pouvait être loin. Enfin le duc parvint à entr’ouvrir le battant, et il allait entraîner Isabelle dans l’autre pièce, lorsque la jeune femme se dégagea de ses mains et courut vers la fenêtre; mais Vallombreuse la reprit, lui fit quitter la terre et l’emporta vers le fond de l’appartement.

«Sauvez-moi, cria-t-elle d’une voix faible, se sentant à bout de force, sauvez-moi, Sigognac!»