—Non, reprit la Duègne, la mule est harnachée d’oreillers et couvertures comme pour une femme.
—Alors, dit le Tyran, c’est un enlèvement qui se prépare, car ces deux écuyers en livrée grise ont l’air fort mystérieux.
—Peut-être, répondit Zerbine avec un sourire d’une expression équivoque.
—Est-ce que la dame serait parmi nous? fit le Scapin; un des deux écuyers se dirige vers la voiture, comme s’il voulait parlementer avant d’user de violence.
—Oh! il n’en sera pas besoin, ajouta Sérafine jetant sur la Soubrette un regard dédaigneux que celle-ci soutint avec une tranquille impudence; il est des bonnes volontés qui sautent d’elles-mêmes entre les bras des ravisseurs.
—N’est pas enlevée qui veut, répliqua la Soubrette; le désir n’y suffit pas, il faut encore l’agrément.»
La conversation en était là, quand l’écuyer, faisant signe au charreton d’arrêter ses chevaux, demanda, le béret à la main, si mademoiselle Zerbine n’était pas dans la voiture.
Zerbine, vive et preste comme une couleuvre, sortit sa petite tête brune hors du tendelet et répondit elle-même à l’interrogation; puis elle sauta à terre.
«Mademoiselle, je suis à vos ordres,» dit l’écuyer d’un ton galant et respectueux.
La Soubrette fit bouffer ses jupes, passa le doigt autour de son corsage, comme pour donner de l’aisance à sa poitrine, et, se tournant vers les comédiens, leur tint délibérément cette petite harangue: