—On voit bien que tu as le bonheur, toi, d'avoir pour maîtresse une catin.
—Singulier bonheur!
—Certainement, mais tu n'es pas à même de le comprendre; tu n'as jamais eu que des filles ou des femmes entretenues, ou tout au plus des grisettes. Tu n'es jamais descendu jusqu'à l'honnête femme, tu ne sais pas ce qui en est. Par honnête femme, je n'entends pas, ce qu'on entend généralement par là, une femme qui a un mari, un cachemire qui loge au premier, et ne se permet guère qu'un amant à la fois.
—Qu'est-ce donc alors? dit l'autre en se soulevant sur le coude avec une stupéfaction profonde.
—Ce n'est pas même celle qui n'a pas d'amant du tout.
—Humph! fit Théodore comme un homme dont la conviction est tout à fait troublée.
—O mon ami! j'en suis mortifié pour toi, tu es un âne, et tu ne seras probablement pas autre chose d'ici à bien longtemps.
A cet endroit de son apostrophe, Roderick fit un hoquet hasardeux, et s'interrompit un instant; mais il reprit bientôt le fil de son discours avec une grâce toute particulière, en imitant l'accent de Frédérick dans l'Auberge des Adrets:
—Tu n'entends rien absolument à la triture des affaires, et tu ne possèdes pas le moindre rudiment de métaphysique; ta philosophie est diablement en arrière, et je suis fâché de le dire, avec de belles dispositions, tu ne parviendras jamais à rien.
Théodore soupira.