—Elle est morte, il y a deux ans, d'une fluxion de poitrine à la suite d'un bal.
—Hélas! répondis-je douloureusement.
Et, retenant une larme qui était près de tomber, je replaçai le papier dans l'album.
Je venais de comprendre qu'il n'y avait plus pour moi de bonheur sur la terre!
1831.
LAQUELLE DES DEUX
HISTOIRE PERPLEXE
L'hiver dernier, je rencontrais assez souvent dans le monde deux sœurs, deux Anglaises; quand on voyait l'une, on pouvait être sûr que l'autre n'était pas loin; aussi les avait-on nommées les belles inséparables.
Il y en avait une brune et une blonde, et, quoique sœurs jumelles, elles n'avaient de commun qu'une seule chose: c'est qu'on ne pouvait les connaître sans les aimer, car c'étaient bien les deux plus charmantes et, en même temps, les deux plus dissemblables créatures qui se soient jamais rencontrées ensemble. Cependant elles paraissaient s'accorder le mieux du monde.
Je ne sais pas si, par un pur instinct de jeunes filles, elles avaient compris les avantages du contraste, ou bien s'il existait entre elles une véritable amitié; toujours est-il qu'elles se faisaient valoir l'une l'autre merveilleusement bien, et je pense qu'au fond, c'était le motif de leur union apparente; car il me semble bien difficile que deux sœurs du même âge, d'une beauté égale quoique différente, ne se haïssent pas cordialement. Il n'en était pas ainsi, et les deux adorables filles étaient toujours côte à côte dans le même coin du salon, s'épaulant l'une à l'autre avec une gracieuse familiarité, ou à demi couchées sur les coussins de la même causeuse; elles se servaient d'ombre, et ne se quittaient pas une seule minute.