C'était une jolie petite créature toute mignonne, toute proprette, tirée à quatre épingles. Son bonnet, sur le haut de sa tête, prêt à sauter par-dessus les moulins; ses cheveux à l'anglaise, un peu défrisés, le nez au vent, l'œil en coulisse, la bouche en cœur; avec cela une robe de stoff, un tablier de marceline et un gant à peu près neuf, auquel il ne manquait guère que le pouce: une délicieuse poupée à vous rendre fou d'amour, au moins pendant une heure.
Je pressai le pas: entendant sonner les talons de mes bottes à côté d'elle, elle accéléra sa marche; elle trottait, trottait comme une perdrix, et j'avais beau me fendre comme un compas, je ne pouvais l'atteindre: une voiture, qui lui barra le passage, me permit enfin de l'accoster.
—N'êtes-vous pas, lui dis-je en la saluant, mademoiselle Angelina, qui travaille chez madame C***?
—Non, répondit-elle en tournant vers moi ses beaux yeux étonnés et avec la plus savante naïveté. Je m'appelle Rosette, et je ne travaille pas chez la femme que vous venez de nommer.
—Rosette, c'est un joli nom!
—Un peu commun: j'aimerais mieux m'appeler Wilhelmine ou Fœdora, c'est plus distingué; mais je ne suis pas la demoiselle que vous cherchez. Si c'était un effet de votre bonté de me laisser continuer mon chemin seule; un monsieur qui suit une jeune personne, cela fait jaser.
Mais, sans obtempérer à sa demande, je lui pris le bras, et je continuai ainsi:
—Mademoiselle, je suis heureux de m'être trompé: l'erreur est toute à mon profit. Angelina est bien jolie, mais…
—Bien jolie! c'est comme on veut; je la connais, nous avons été amies ensemble: elle a le nez furieusement rouge pour son âge. Après tout, elle n'est pas jeune; elle dit vingt-six ans, mais elle en a bien vingt-huit ou vingt-neuf même; elle a du son plein la figure, elle veut faire la grosse, mais on sait ce que c'est? et puis ce genre qu'elle a: si ça ne fait pas pitié!
—Sais-tu, mon cher ami, que ton histoire est outrageusement ennuyeuse? interrompit Théodore; elle ne pèche pas par la nouveauté. Je pourrais t'en raconter comme cela autant qu'il y a de jours dans l'année, et puis c'est d'un Paul de Kock!