—Tenez, voilà vos pantoufles, fit-elle avec un geste amical; voici Tom, votre chat favori; voilà votre volume de Rabelais; que voulez-vous de plus? D'ailleurs, vous n'êtes pas si mal en bonnet de coton que vous voulez bien le croire, et vous en auriez deux ou trois douzaines sur la tête que je ne vous en trouverais pas moins bien, moi!

Mariette appuya très-fort sur le moi; ce ne pouvait être que dans une excellente intention. Mariette, comme je l'ai déjà dit, était une belle et bonne fille; quant à l'interprétation que donna Rodolphe à cet honnête monosyllabe, mes belles lectrices, je n'ose vous le dire, de crainte d'alarmer votre pudeur, et, s'il vous plaît, nous passerons dans la pièce à côté pour ne pas le gêner dans ses commentaires. Convenez que mon héros est un abominable mauvais sujet, et dites-moi pourquoi chaque élan de passion poétique qui le prend se résout en prose au bénéfice de Mariette.

O Mariette! au lieu d'être jalouse, tu devrais souhaiter que ton maître fût amoureux de vingt femmes! tu ne saurais qu'y gagner.

Deux fois, dans la même journée, infidèle à l'idole de son cœur! Immoral personnage! l'envie me prend de laisser là ton histoire; car tu ne vaux guère que l'on entretienne le public de tes faits et gestes. Si tu ne te corriges, j'y renoncerai assurément.

—Fi donc! avec sa servante!—Oui, madame, avec sa servante.—Comment! un homme qui se respecte?—Je vous assure que Rodolphe se respectait plus qu'un roi ou deux, et qu'il n'aurait pas cédé le haut du pavé à un empereur.—Encore, si c'était une femme comme il faut.—Est-ce que Mariette était comme il ne faut pas? Moi qui l'ai vue, je me permettrai d'être d'avis contraire. D'abord elle est affligée de quelque vingt ans, elle est drue et fraîche, elle a les yeux les plus beaux du monde, et, comme elle fait faire son service par le petit groom de Rodolphe, à qui, pour sa peine, elle donne de temps en temps quelques friandises et une tape amicale sur la joue, elle a les ongles aussi nets et la peau aussi blanche que vous, peut-être même plus, sans vouloir toutefois dénigrer vos perfections. Je pense qu'en voilà assez pour être une femme comme il faut.—Une femme du monde, une honnête femme.—Je n'ai jamais su que Mariette fût une femme de la lune, et quant à honnête femme, je prendrai la licence extrême de vous faire observer que si Rodolphe au lieu de coucher avec Mariette eût couché avec une de vos amies ou avec vous-même (ceci n'est qu'une supposition, pudique lectrice), vous n'auriez plus été des honnêtes femmes, du moins dans vos idées; car, pour moi, je ne pense pas qu'une bagatelle de cette espèce empêche de l'être: au contraire.

D'ailleurs les illustres exemples de ce genre ne manquent pas. De très-grands hommes ont aimé de petites grisettes; Rousseau se laissait battre par sa servante; de célèbres poëtes ont adoré des marchandes de pommes de terre frites, etc., etc.

Au surplus, ce que j'en dis ici n'est que pour excuser mon héros Rodolphe, avec lequel je vous prie de ne pas me confondre; car j'en mourrais de honte, et n'oserais, de ma vie, rien faire de malhonnête à une honnête femme, ce qui me ferait passer pour un personnage bien indécent, et me perdrait nécessairement de réputation.

Je lui ai fait les représentations les plus vives sur ce sujet; mais ce diable d'homme avait toujours des réponses à tout, et surtout de drôles de réponses, pour un homme passionné; il est vrai qu'en ce temps-là il n'avait pas vingt et un ans, et se souciait assez peu d'avoir une tournure artiste.

—Mon ami cher, tu n'es qu'un imbécile. (Lecteur et lectrice, si l'épouvantable indécence de ce livre me permet d'en avoir une, ne croyez pas un mot de cela: j'ai beaucoup d'esprit, mais c'était la formule habituelle de Rodolphe, quand il entrait en conversation avec moi.) Il y a dans Maynard deux vers que voici à peu près:

C'est un métier de dupe