— Ma foi, j'aime mieux faire le tour; je n'ai qu'une tête à casser, après tout; si j'en avais plusieurs, j'essayerais, répondit d'Albert en souriant.

— Personne ne m'aime donc, puisque personne ne me suit, dit Théodore en faisant descendre encore plus que de coutume les coins arqués de sa bouche. Le petit page leva sur lui ses grands yeux bleus d'un air de reproche, et rapprocha les deux talons du ventre de son cheval.

Le cheval fit un bon prodigieux.

— Si! quelqu'un, la barrière.

Rosette jeta sur l'enfant un regard singulier et rougit jusqu'aux yeux; puis, appliquant un furieux coup de cravache sur le cou de sa jument, elle franchit la traverse de bois vert pomme qui barrait l'allée.

— Et moi, Théodore, croyez-vous que je ne vous aime pas?

L'enfant lui lança une oeillade oblique et en dessous et s'approcha de Théodore.

D'Albert était déjà au milieu de l'allée, vit rien de tout cela; car, depuis un temps immémorial, les pères, les maris et les amants sont en possession du privilège de ne rien voir.

— Isnabel, dit Théodore, vous êtes un fou, et vous, Rosette, une folle! Isnabel, vous n'avez pas pris assez de champ pour sauter, et vous, Rosette, vous avez manqué d'accrocher votre robe dans les poteaux. — Vous auriez pu vous tuer.

— Qu'importe? répliqua Rosette avec un son de voix si triste et si mélancolique qu'Isnabel lui pardonna d'avoir aussi sauté la barrière.