Seulement, au bout de quelques minutes de contemplation, il fit dire au capitaine Peppercul qu'il eût à mettre un canot à la mer, et rentra dans la cabine avec Édith et sir Benedict Arundell.
La conversation qu'ils eurent ensemble, la voici. Sidney prit la main d'Édith en présence de Benedict et lui dit:
—Vous m'avez donné le pouvoir d'user de votre dévouement et de votre intelligence pour le but que je poursuis; vous avez promis d'avoir en moi la confiance la plus aveugle et de marcher les yeux fermés sur la route où je vous poserai, dût-il y avoir un abîme au bout.
—Je l'ai dit; ma vie vous appartient, répondit la jeune femme.
—Bien! continua sir Arthur Sidney; il ne s'agit pas maintenant de quelque chose de si grave. Le moment est venu de quitter ce costume de mousse; allez dans votre chambre, où j'ai fait préparer tout ce qu'il faut.
Édith se leva et sortit.
Sir Arthur Sidney resté seul avec Benedict, se croisa, comme pour contenir les mouvements de son cœur, les bras sur la poitrine; puis il les ouvrit à son ami et lui dit:
—Frère, en cas que nous ne nous revoyions pas en ce monde, embrassons-nous!
Benedict s'avança vers Sidney; et les deux amis se tinrent quelques minutes les bras enlacés.
—Quand tout sera prêt, dit Sidney en entraînant Benedict près du sabord, tu couperas ce petit arbre qui se tord et s'échevèle au vent sur le sommet de cette roche noire; on le voit de loin en mer. Je vais aux îles de Tristan d'Acuna, ou sur la côte d'Afrique, à l'embouchure de la rivière de Coanza; c'est plus près, pour construire mon canot. Il me faut deux mois. Dans deux mois, la Belle-Jenny croisera dans ces parages et nous frapperons le grand coup.