Dans le disque éclairé se tenaient accroupis sur des peaux de tigre ou de gazelle des êtres bizarres et fantastiques; leurs sourcils blancs et leur barbe blanche faisaient ressortir la couleur foncée de leur teint. Le cordon brahminique qui pendait à leur cou indiquait leur caste; quelques-uns, plus austères, le portaient en peau de serpent; tous étaient d'une maigreur ascétique: à travers l'ouverture de leur tunique, on apercevait leur poitrine sèche et leurs côtes aussi accusées que celles d'un squelette. Ils restaient là immobiles, marmottant des prières, et paraissaient attendre avec le flegme indou quelqu'un d'important qui n'était pas encore arrivé.
Derrière eux se massait une foule confuse et cuivrée, dont les premiers rangs seuls étaient visibles, ébauchés qu'ils étaient par les rayons rougeâtres de la lampe; le reste se perdait, à quelques pas, dans l'ombre dont il avait la couleur; d'instant en instant, une ombre nouvelle venait se fondre silencieusement dans les groupes.
Enfin un mouvement se fit: la foule ouvrit ses rangs, et bientôt parurent, dans l'endroit où tombaient les plus vifs rayons de la lampe, trois personnages nouveaux dont l'arrivée fut saluée par un murmure de satisfaction.
L'un, était un vieux brahmine sec et jaune comme une momie, à la mine inspirée et aux yeux flamboyants, couvert d'une robe de mousseline qui lui traînait sur les talons.
L'autre était une jeune fille, aussi belle que Sacountala ou Wasatensena; un voile transparent cachait à demi son riche costume, dont on voyait sous la gaze pétiller les broderies et les paillettes. En marchant, ses colliers, les anneaux de ses bras et de ses jambes rendaient un son métallique.
Quant au troisième, c'était un beau jeune homme, au teint plus clair que celui de la jeune fille, et dont les yeux offraient la particularité d'avoir des prunelles d'un bleu sombre.
Il portait le costume des guerriers mahrattes, mais beaucoup plus riche et plus orné; une cotte de mailles d'acier défendait sa poitrine et descendait jusqu'au bord de sa tunique jaune; de larges pantalons rouges arrêtés aux chevilles par une coulisse, un turban de mousseline enroulé sur une calotte de fer complétaient son habillement.
Quelques cercles d'or jouaient à son poignet, un sabre courbe, au fourreau de velours, tout constellé d'or et de pierreries, pendait à son côté. Sur son bras gauche s'ajustait un bouclier de cuir d'hippopotame, bosselé de boules de métal. Sa main droite s'appuyait sur un long fusil incrusté de nacre, de burgau et d'argent.
Le vieux brahmine était, comme vous l'avez sans doute deviné, le Dakcha dont nous avons fait la connaissance à Londres.
La jeune fille ressemblait à s'y méprendre à Priyamvada, et, quant au guerrier habillé en Mahratte, ses traits et ses yeux bleus le désignent, malgré son déguisement, pour le comte de Volmerange; en Europe, membre de plusieurs clubs; dans l'Inde descendant des rois de la dynastie lunaire.