—Et il n'est pas revenu?

—Pas que je sache, répondit le domestique poussant toujours William du côté de la porte.

—Je viens cependant de le voir dans une rue près de l'église Sainte-Margareth.

—Milord aura été abusé par une ressemblance; car sir Arthur, s'il était à Londres, nous aurait prévenus de son arrivée, et serait très vraisemblablement descendu à son hôtel, répondit le domestique d'un ton de politesse ironique et en fermant au nez de William Bautry, qu'il prenait évidemment pour un aigrefin, le battant de la porte dont il n'avait pas abandonné le bouton pendant la durée de ce colloque.

Reprenant son chemin, sir William se dit en lui-même:

—Ou Sidney n'est réellement pas à Londres, ou ce drôle à reçu sa leçon. J'ai pourtant bien reconnu Arthur, et Benedict lui a parlé en le nommant. Si Benedict avait des dettes, je croirais qu'un recors s'est grimé à la ressemblance de sir Arthur afin de l'entraîner à la prison pour dettes. Après cela, je vais peut-être le trouver chez miss Amabel, expliquant son incartade de la manière la plus naturelle du monde.

Sir Benedict Arundell n'était pas chez sa fiancée, à qui lady Braybrooke, voyant son morne désespoir, tâchait de prouver que rien n'était plus naturel que de disparaître au moment du mariage, et que sir Alan Braybrooke, le plus galant des hommes, eût au besoin hasardé cette facétie de bon goût.

Si Benedict ne reparaissait pas lui-même, il eût pu écrire; mais nulle lettre, nul billet, rien qui expliquât cette conduite étrange!

Les recherches de la police avaient été infructueuses: le sort de Benedict Arundell restait enveloppé des ténèbres les plus mystérieuses. Croire à un assassinat, cela était difficile, puisque Sidney, élevé au collège de Harrow avec Benedict, était son ami de cœur et n'avait aucun motif d'inimitié contre lui. A un enlèvement, à une séquestration; dans quel but, pour quel motif? Une jalousie d'amant rebuté? Mais Sidney n'avait jamais vu miss Amabel et aucune rivalité ne pouvait exister entre lui et Benedict.

Le soir venu, la pauvre fiancée rentra dans cette chambre virginale dont, le matin, elle croyait avoir franchi le seuil pour la dernière fois. Ses femmes la déshabillèrent et la placèrent comme un corps inerte dans ce joli nid blanc où avaient voltigé tant de rêves heureux, secouant leurs ailes roses sur le front d'ivoire de la jeune fille.