—Que signifie tout ceci, Arthur? s'écria Benedict ne pouvant plus douter de l'identité de Sidney.
—Cela signifie, répondit tranquillement Sidney, que je n'avais pas donné mon consentement à ce mariage, et qu'il a bien fallu l'empêcher. Voilà tout. Je vous demande pardon des moyens employés. Je n'en avais pas d'autres, j'ai pris ceux-là.
—Quelle prétention étrange! répliqua Benedict, décontenancé par la simplicité froide de la réponse. Êtes-vous mon père, mon oncle, mon tuteur, pour vous arroger de tels droits sur moi?
—Je suis plus que tout cela, je suis votre ami, répondit gravement Sidney.
—Singulière façon de le montrer, que de détruire le bonheur de ma vie et de me plonger dans le plus affreux désespoir!
—Le chagrin passera, dit Arthur; les peines des amoureux ne sont pas de longue durée, le vent les emporte comme des plumes de mouette sur la mer. D'ailleurs, vous ne vous apparteniez pas, continua-il en tirant de sa poche un papier qu'il déploya devant Benedict.
Ce papier déjà jauni semblait écrit depuis longtemps, il était cassé à ses plis. L'écriture qu'il contenait avait dû changer de couleur; les caractères en étaient roussâtres, on eût dit que, pour les tracer, le sang avait servi d'encre.
A l'aspect de ce papier d'apparence cabalistique, et qui ne ressemblait pas mal à la cédule d'un pacte avec le diable, sir Benedict Arundell parut embarrassé et garda le silence.
—Est-ce bien là votre signature? dit Sidney en tenant le papier à la hauteur des yeux de Benedict.
—Oui, c'est bien mon nom et mon parafe, répondit sir Benedict Arundell d'un ton résigné.