Dans sa fuite, elle était arrivée près de la Tamise, au bout du pont de Blackfriars, qu'elle se mit à traverser d'un pas essoufflé et ralenti.
A peu près au milieu, au bout de ses forces et de son haleine, les pieds meurtris, son peignoir de nuit souillé de fange et collé à son corps brûlant et transi par les derniers pleurs de la tempête, elle s'arrêta et s'appuya contre le parapet, résolue à ne pas disputer plus longtemps sa vie à la fureur de Volmerange. Après tout, c'était encore une douceur de mourir par lui, puisqu'elle ne pouvait vivre pour lui.
Le comte, l'ayant rejointe, la saisit par les deux bras et lui dit:
—Jurez-moi que le contenu de la lettre est faux.
Édith, qui avait repris, après avoir cédé à ce mouvement de terreur physique, toute sa dignité naturelle, répondit:
—La lettre a dit vrai. Je ne sauverai pas ma vie par un mensonge.
Volmerange la souleva comme une plume, la balança quelques secondes hors du parapet sur le gouffre noir.
L'eau invisible rugissait et tourbillonnait sous l'arche; jamais nuit plus épaisse n'avait pesé sur la Tamise.
—Sombre abîme, garde à toujours le secret du déshonneur de Volmerange! dit le comte, le corps à moitié hors du pont.
Puis il ouvrit les mains...