—Viendrez-vous avec moi dans le Pendjâb? dit Priyamvada au comte, dont les lèvres venaient d'effleurer son front.

—Oui; mais il me reste un coupable à punir, répondit Volmerange d'un ton où tremblait la fureur.

—C'est juste, répliqua la jeune fille; mais permettez à votre esclave de s'étonner qu'un homme qui vous a offensé ne soit pas encore anéanti par votre vengeance.

—Je ne le connais pas, j'ai eu la preuve du crime et j'ignore le criminel. Un art infernal a ourdi cette trame. Aucun indice ne peut me guider.

—Écoutez-moi, dit Priyamvada pensive; vous autres Européens, qui vous fiez à vos sciences factices inventées d'hier, vous ne vivez plus dans le commerce de la nature, vous avez brisé les liens qui rattachent l'homme aux puissances occultes de la création. L'Inde est le pays des traditions et des mystères, et l'on y sait encore plus d'un vieux secret autrefois communiqué par les dieux qui confondrait d'étonnement vos sages incrédules. Priyamvada n'est qu'une simple jeune fille que les orgueilleuses ladies traiteraient comme une sauvage bonne à égayer une soirée; mais j'ai entendu plus d'une fois les brahmes, assis sur une peau de gazelle entre les quatre réchauds mystiques, parler de ce qui pouvait et de ce qui ne se pouvait pas. Eh bien, je vais vous faire découvrir le coupable, fût-il caché à l'autre bout de la terre.

XIV

Priyamvada se leva et alla prendre dans un coin de la salle une petite table de laque de Chine qu'elle apporta devant Volmerange, qui suivait tous ses mouvements avec une curiosité inquiète.

Une fleur de lotus rose, fraîchement épanouie, trempait sa queue dans une coupe de cristal pleine d'eau. Priyamvada prit la fleur et vida la coupe sur la terre d'un vase du Japon; puis elle la posa sur la table après l'avoir remplie d'une eau nouvellement puisée dans une buire curieusement ciselée et fermée avec soin.

—Ceci, dit la jeune Indienne, est l'eau mystérieuse qui est descendue du ciel sur la montagne Chimavontam, et coule du mufle de la vache sacrée conduite dans ses détours par le pieux Bagireta; c'est l'eau sainte du fleuve qu'on appelait autrefois Chlialoros, et que maintenant on nomme le Gange. Je l'ai recueillie en me penchant de l'escalier de marbre de la pagode de Bénarès et avec les formalités voulues; elle a donc toutes ses vertus divines, et le succès de notre expérience est infaillible.

Le comte écoutait Priyamvada de toute son attention sans se rendre compte de ce qu'elle voulait faire.