—Bien vrai? dit Leila d’une voix plus mélodieuse que celle de Bulbul faisant ses aveux à la rose bien-aimée. Cependant, il ne faudrait pas trop mépriser cette pauvre Ayesha, qui me ressemble tant.»
Pour toute réponse, Mahmoud-Ben-Ahmed pressa la jeune esclave sur son cœur. Mais quel fut son étonnement lorsqu’il vit la figure de Leila s’illuminer, l’escarboucle magique s’allumer sur son front, et des ailes, semées d’yeux de paon, se développer sur ses charmantes épaules! Leila était une péri!
«Je ne suis, mon cher Mahmoud-Ben-Ahmed, ni la princesse Ayesha, ni Leila l’esclave. Mon véritable nom est Boudroulboudour. Je suis péri du premier ordre, comme vous pouvez le voir par mon escarboucle et par mes ailes. Un soir, passant dans l’air à côté de votre terrasse, je vous entendis émettre le vœu d’être aimé d’une péri. Cette ambition me plut; les mortels ignorants, grossiers et perdus dans les plaisirs terrestres, ne songent pas à de si rares voluptés. J’ai voulu vous éprouver, et j’ai pris le déguisement d’Ayesha et de Leila pour voir si vous sauriez me reconnaître et m’aimer sous cette enveloppe humaine.—Votre cœur a été plus clairvoyant que votre esprit, et vous avez eu plus de bonté que d’orgueil. Le dévouement de l’esclave vous l’a fait préférer à la sultane; c’était là que je vous attendais. Un moment séduite par la beauté de vos vers, j’ai été sur le point de me trahir; mais j’avais peur que vous ne fussiez qu’un poëte amoureux seulement de votre imagination et de vos rimes, et je me suis retirée, affectant un dédain superbe. Vous avez voulu épouser Leila l’esclave, Boudroulboudour la péri se charge de la remplacer. Je serai Leila pour tous, et péri pour vous seul; car je veux votre bonheur, et le monde ne vous pardonnerait pas de jouir d’une félicité supérieure à la sienne. Toute fée que je sois, c’est tout au plus si je pourrais vous défendre contre l’envie et la méchanceté des hommes.»
Ces conditions furent acceptées avec transport par Mahmoud-Ben-Ahmed, et les noces furent faites comme s’il eût épousé réellement la petite Leila.
Telle est en substance l’histoire que je dictai à Scheherazade par l’entremise de Francesco.
«Comment a-t-il trouvé votre conte arabe, et qu’est devenue Scheherazade?
—Je ne l’ai plus vue depuis.»
Je pense que Schahriar, mécontent de cette histoire, aura fait définitivement couper la tête à la pauvre sultane.
Des amis, qui reviennent de Bagdad, m’ont dit avoir vu, assise sur les marches d’une mosquée, une femme dont la folie était de se croire Dinarzarde des Mille et une Nuits, et qui répétait sans cesse cette phrase: