Un instant, nous ne vîmes que l’eau et le ciel.
Quelques minutes après, des obélisques commencèrent à pointer, des pylônes, des rampes côtoyées de sphynx se dessinèrent à l’horizon.
Nous étions arrivés.
La princesse me conduisit devant une montagne de granit rose, où se trouvait une ouverture étroite et basse qu’il eût été difficile de distinguer des fissures de la pierre si deux stèles bariolées de sculptures ne l’eussent fait reconnaître.
Hermonthis alluma une torche et se mit à marcher devant moi.
C’étaient des corridors taillés dans le roc vif; les murs, couverts de panneaux d’hiéroglyphes et de processions allégoriques, avaient dû occuper des milliers de bras pendant, des milliers d’années; ces corridors, d’une longueur interminable, aboutissaient à des chambres carrées, au milieu desquelles étaient pratiqués des puits, où nous descendions au moyen de crampons ou d’escaliers en spirale; ces puits nous conduisaient dans d’autres chambres, d’où partaient d’autres corridors également bigarrés d’éperviers, de serpents roulés en cercle, de tau, de pedum, de bari mystiques, prodigieux travail que nul œil vivant ne devait voir, interminables légendes de granit que les morts avaient seuls le temps de lire pendant l’éternité.
Enfin, nous débouchâmes dans une salle si vaste, si énorme, si démesurée, que l’on ne pouvait en apercevoir les bornes; à perte de vue s’étendaient des files de colonnes monstrueuses entre lesquelles tremblotaient de livides étoiles de lumière jaune: ces points brillants révélaient des profondeurs incalculables.
La princesse Hermonthis me tenait toujours par la main et saluait gracieusement les momies de sa connaissance.
Mes yeux s’accoutumaient à ce demi-jour crépusculaire, et commençaient à discerner les objets.
Je vis, assis sur des trônes, les rois des races souterraines: c’étaient de grands vieillards secs, ridés, parcheminés, noirs de naphte et de bitume, coiffés de pschents d’or, bardés de pectoraux et de hausse-cols, constellés de pierreries avec des yeux d’une fixité de sphinx et de longues barbes blanchies par la neige des siècles: derrière eux, leurs peuples embaumés se tenaient debout dans les poses roides et contraintes de l’art égyptien, gardant éternellement l’attitude prescrite par le codex hiératique; derrière les peuples miaulaient, battaient de l’aile et ricanaient les chats, les ibis et les crocodiles contemporains, rendus plus monstrueux encore par leur emmaillotage de bandelettes.