Exaspéré de fureur, je me mis à poursuivre Daucus-Carota, qui sautait et glapissait, et donnait tous les signes d’une terreur extrême; je parvins à l’attraper, et je le cognai si violemment sur le bord de la table, qu’il finit par me rendre ma tête, qu’il avait enveloppée dans son mouchoir.
Content de cette victoire, j’allai reprendre ma place sur le canapé; mais la même petite voix inconnue me dit:
«Prends garde à toi, tu es entouré d’ennemis; les puissances invisibles cherchent à t’attirer et à te retenir. Tu es prisonnier ici: essaye de sortir, et tu verras.»
Un voile se déchira dans mon esprit, et il devint clair pour moi que les membres du club n’étaient autres que des cabalistes et des magiciens qui voulaient m’entraîner à ma perte.
VIII
TREAD-MILL.
Je me levai avec beaucoup de peine et me dirigeai vers la porte du salon, que je n’atteignis qu’au bout d’un temps considérable, une puissance inconnue me forçant de reculer d’un pas sur trois. A mon calcul, je mis dix ans à faire ce trajet.
Daucus-Carota me suivait en ricanant et marmottait d’un air de fausse commisération:
«S’il marche de ce train-là, quand il arrivera, il sera vieux.»
J’étais cependant parvenu à gagner la pièce voisine dont les dimensions me parurent changées et méconnaissables. Elle s’allongeait, s’allongeait... indéfiniment. La lumière, qui scintillait à son extrémité, semblait aussi éloignée qu’une étoile fixe.