—Il est vrai qu’il était bien vieux, mais je ne m’attendais pas à cet événement; il se portait à merveille pour son âge, ajouta une des personnes en deuil que je reconnus pour un peintre de mes amis.

—L’éternité était usée, il faut bien faire une fin, reprit un autre.

—Grand Dieu! m’écriai-je frappé d’une idée subite, s’il n’y a plus de temps, quand pourra-t-il être onze heures?...

—Jamais... cria d’une voix tonnante Daucus-Carota, en me jetant son nez à la figure, et en se montrant à moi sous son véritable aspect... Jamais... il sera toujours neuf heures un quart... L’aiguille restera sur la minute où le temps a cessé d’être, et tu auras pour supplice de venir regarder l’aiguille immobile, et de retourner t’asseoir pour recommencer encore, et cela jusqu’à ce que tu marches sur l’os de tes talons.»

Une force supérieure m’entraînait, et j’exécutai quatre ou cinq cents fois le voyage, interrogeant le cadran avec une inquiétude horrible.

Daucus-Carota s’était assis à califourchon sur la pendule et me faisait d’épouvantables grimaces.

L’aiguille ne bougeait pas.

«Misérable! tu as arrêté le balancier, m’écriai-je ivre de rage.

—Non pas, il va et vient comme à l’ordinaire...; mais les soleils tomberont en poussière avant que cette flèche d’acier ait avancé d’un millionième de millimètre.

—Allons, je vois qu’il faut conjurer les mauvais esprits, la chose tourne au spleen, dit le voyant, faisons un peu de musique. La harpe de David sera remplacée cette fois par un piano d’Erard.»