—Voilà l’enclouure, fit sir Joshua Ward, qui, tout imbu des idées de Vicè et d’Altavilla, se souciait médiocrement d’avoir pour gendre un jettatore.—Que n’en aimes-tu un autre!
—Je n’ai pas deux cœurs, dit Alicia; je n’aurai qu’un amour, dussé-je, comme ma mère, mourir à dix-neuf ans.
—Mourir! ne dites pas de ces vilains mots, je vous en supplie, s’écria le commodore.
—Avez-vous quelque reproche à faire à M. d’Aspremont?
—Aucun, assurément.
—A-t-il forfait à l’honneur de quelque manière que ce soit? S’est-il montré une fois lâche, vil, menteur ou perfide? Jamais a-t-il insulté une femme ou reculé devant un homme? Son blason est-il terni de quelque souillure secrète? Une jeune fille, en prenant son bras pour paraître dans le monde, a-t-elle à rougir ou à baisser les yeux?
—M. Paul d’Aspremont est un parfait gentleman, il n’y a rien à dire sur sa respectabilité.
—Croyez, mon oncle, que si un tel motif existait, je renoncerais à M. d’Aspremont sur l’heure, et m’ensevelirais dans quelque retraite inaccessible; mais nulle autre raison, entendez-vous, nulle autre ne me fera manquer à une promesse sacrée,» dit miss Alicia Ward d’un ton ferme et doux.
Le commodore tournait ses pouces, mouvement habituel chez lui lorsqu’il ne savait que répondre, et qui lui servait de contenance.
«Pourquoi montrez-vous maintenant tant de froideur à Paul? continua miss Ward. Autrefois vous aviez tant d’affection pour lui; vous ne pouviez vous en passer dans notre cottage du Lincolnshire, et vous disiez, en lui serrant la main à lui couper les doigts, que c’était un digne garçon, à qui vous confieriez volontiers le bonheur d’une jeune fille.