| DÉPART DES BATAILLONS DE VOLONTAIRES. | |||
| Noms | Date de départ. | Commandants. | Batailles ou sièges |
|---|---|---|---|
| 1er bataillon de Paris | 22 juillet 92 | J. B. Perrin | Bataille de Jemmapes |
| 2e id. | 20 juil. | Haquin, gén. de division en l'an III Malbrancq, général de brigade en l'an II, mort en 1823 Gratien, commandant en 2e, général de division en 1804, mort en 1814 | Combat de Linselles. Prise de Menin. Bat. de l'Ourthe. |
| 3e id. | 14 juil. | Prudhon, général de brigade en l'an II. | Bat. de Jemmapes. |
| 4e ou 1er des Sent. armées | 3 sept. | Altemez. | Bat. de Hondschoote. |
| 5e. | 5 sept. | Grandjean. | Bat. de Neerwinden. |
| 6e. | 7 sept. | Duclos. Doucret, commandant en 2e, général de division en l'an IV, mort en 1817. | Bat. de Neerwinden. |
| 6e bis ou de Bonconseil. | 12 sept. | Sabot, mort dans les prisons de l'Autriche. | Garn. de Condé. |
| 7e ou du Théâtre-Français. | 8 sept. | Joannis. | Garn. du Quesnoy. |
| 7e bis. | 2 sept. | Dejardin. Hardy, comm. en 2e gén. de division en l'an III, mort à Saint-Domingue. | Garn. de Condé. |
| 8e ou de Sainte-Marguerite. | 31 sept. | Dockers, tué à Rousselaër, an II. | Bat. de Hondschoote. |
| 9e ou de Saint-Laurent. | 16 sept. | Vieilleville | Bat. de Jemmapes. |
| 9e bis ou de l'arsenal | 11 sept. | Friant, général de division en l'an VII, mort en 1829. | |
| 10e ou des Amis de la patrie. | 4 sept. | Maillet, tué en l'an II. Clément, mort à Bonn en l'an III. | Bat. de Neerwinden. |
| 11e ou 11e de la République. | 1er sept | Boussard, général de brigade en l'an II. | Garn. de Mayence. |
| 12e ou 12e de la République. | 1er sept | Gosson. | Vendée. Embarqué pour l'Ile-de-Fr. l'an IV |
| 1er bat. de la Montagne ou de la Butte-des-Moulins. | 5 sept. | Lebrun. | Bat. de Jemmapes. |
| 14e de la République ou des Piques. | Joly. | Garn. de Mayence. | |
| Bataillon de Molière. | 24 sept. | Lefebvre, général de brigade en l'an IV. | Bat. de Neerwinden. |
| 1er bataillon Républicain. | 24 sept. | Pichot. | Bat. de Menin. |
| 1er bataillon des Gravillier. | 4 sept. | Bernier. | Garn. de Valenciennes. |
| 1er b. des Lombards. | 5 sept. | Lavalette, général de brigade en l'an II. Vallelaus, comm. en 2e, gén. de brigade en l'an III, mort en Espagne en 1811. Lorge, capitaine général de division en l'an VII, mort en 1826. | Prise de Courtray. |
| B. du Pont-Neuf. | 2 sept. | Fleury. | |
| B. de la Commune et des Arcis. | 13 sept. | Dumoulin, général de brigade. | Bat. de Fleurus. |
| D. de Popincourt. | 5 sept. | Touronde. | Attaque de Pellingen. |
| B. de Franciade ou Saint-Denis. | 7 sept. | Marais. | Att. du moulin de Bossut. |
| 1er des Amis de la République. | 27 sept. | Roche. | Garn. de Mayence. |
| 1er de la République. | 15 sept. | Le Pareur. | Guerre de la Vendée. |
| 2e de la République. | 15 oct. | Bossou, tué à Quiberon. | Garn. de Mayence. |
| 3e de la République. | 17 oct. | Richard, général de brigade en 1793. | Guerre de la Vendée. |
| 1er de la Réunion. | Richard François. | Aux Antilles. | |
| 1er de Grenadiers. | 8 sept. | Leval, général de division en l'an VII, mort en 1834. | Bat. de Jemmapes. |
| Chasseurs répub. des Quatre-Nations. | 4 sept. | Aldebert. | Garn. de Mayence. |
| Chasseurs du Louvre. | Bache. | Passage de la Sambre. | |
| Chasseurs francs de l'Égalité. | Lauvray. | ||
§ VIII.
Paris sous la Convention.--Procès et mort de Louis XVI.--Paris le 21 janvier.
Pendant que les volontaires parisiens couraient à l'ennemi, les élections à la Convention se faisaient sous l'influence des journées de septembre, et cette assemblée ouvrait sa longue et terrible session. La Constitution de 91 n'existait plus; il n'y avait plus de différence entre les citoyens actifs et les autres citoyens; tout le monde fut donc appelé à voter, et, bien que l'élection se fît à deux degrés, Paris envoya à la Convention les démocrates les plus ardents, les chefs du parti de la Montagne, les hommes du 10 août et du 2 septembre[93]. La plupart des élections dans les provinces furent faites, au contraire, dans le sens girondin, c'est-à-dire favorable à la domination des classes moyennes, dans un sentiment d'hostilité contre la capitale, dans la volonté d'arrêter le despotisme sanglant de la Commune. «Il faut, disaient les Girondins, que Paris soit réduit à son quatre-vingt-troisième d'influence, comme chacun des autres départements.» Et ils reprochèrent aux Parisiens les massacres de septembre, dont ils exagéraient les horreurs; ils demandèrent que la Convention se fît garder par les citoyens des provinces, et, sous le prétexte de secouer le joug de la ci-devant capitale de la ville de Pandore (c'étaient les noms qu'ils donnaient à Paris), ils témoignèrent des projets de décentralisation qui auraient perdu la France.
Ces attaques n'eurent qu'un faible retentissement dans la population parisienne. La ville avait repris un peu de calme, au moins à l'extérieur. La Commune du 10 août fut remplacée par une commune régulièrement élue (23 novembre 1792), et, bien que composée des mêmes éléments et presque des mêmes hommes, elle s'occupa avec activité de la police, de la sécurité publique, surtout des subsistances, car il y avait encore à cette époque une grande disette. Pétion fut remplacé à la mairie par Chambon, homme faible et nul, qui eut pour substituts deux hommes infâmes, Hébert et Chaumette, le premier, rédacteur du journal le Père Duchêne, qui dépravait le peuple par ses calomnies et ses prédications sanguinaires.
Soit lassitude des agitations politiques, soit affaissement provenant de ses souffrances, Paris ne sortit pas complétement de son repos, même pendant le procès de Louis XVI. A part les Jacobins, qui envahissaient les tribunes de la Convention et effrayaient les députés de leurs cris et de leurs menaces, à part quelques bandes tumultueuses qui entourèrent la salle du Manége quand le captif du Temple comparut devant ses juges, la population sembla indifférente à ce terrible débat. Cependant, le sentiment monarchique n'était pas complétement éteint dans Paris: la foule s'amassait tristement autour de la prison du Temple, et elle devint telle, qu'en attendant la construction d'une muraille, on entoura la tour d'un ruban tricolore, qui fut respecté. Dans les places publiques, aux Halles, dans les guinguettes, on s'entretenait de la famille royale, on plaignait son malheur, on lisait les nombreuses brochures écrites en sa faveur, et une complainte royaliste fut tellement répandue, devint si populaire, «qu'elle fit oublier, dit Prudhomme, la Marseillaise... J'ai vu, ajoute-t-il, le buveur qui l'écoutait laisser tomber des larmes dans son verre.» Mais la pitié du peuple n'alla pas plus loin; et, dans le terrible jour où la Convention prononça la sentence de mort contre Louis XVI[94], sur la place du Carrousel, «sur le lieu, dit le même journaliste, où Capet commit son dernier crime, des fédérés des départements unis à leurs frères de Paris, sous l'œil des magistrats, chantaient l'hymne de la liberté et l'air Ça ira, dansaient de gaies farandoles et ne formaient qu'une seule chaîne de plusieurs milliers de citoyens des deux sexes, se tenant par la main. Les officiers municipaux présidaient la fête, et l'on prononça le serment d'exterminer tous les tyrans et toutes les tyrannies [95].» Enfin, quand la Commune convoqua toute la population armée pour mener Louis XVI au supplice, quand elle fit placer des canons sur les places et les quais, quand elle ordonna la fermeture des boutiques et des fenêtres dans les lieux que devait traverser le funèbre cortége, nul des cent mille hommes des sections armées ne manqua à l'appel, et, sur le passage de la voiture par la rue du Temple, les boulevards et la place Louis XV, de cette foret de baïonnettes et de piques, il ne sortit pas un cri de grâce, un mot d'indignation, un murmure! Ce n'est pas tout; et le tableau que présentait la capitale en ce triste jour serait incomplet, si, malgré l'horreur qu'elles nous inspirent, nous n'ajoutions pas ces lignes, tirées des Révolutions de Paris:
«Après l'exécution, quantité de volontaires s'empressèrent de tremper dans le sang du despote le fer de leurs piques, la baïonnette de leurs fusils ou la lame de leurs sabres. Beaucoup d'officiers du bataillon de Marseille et autres imbibèrent de ce sang impur des enveloppes de lettres qu'ils portèrent à la pointe de leurs épées, en tête de leur compagnie, en disant: Voici du sang d'un tyran! Un citoyen monta sur la guillotine même, et, plongeant tout entier son bras nu dans le sang de Capet, qui s'était amassé en abondance, il en prit des caillots plein la main et en aspergea par trois fois la foule des assistants qui se pressaient au pied de l'échafaud pour en recevoir chacun une goutte sur le front. Frères, disait le citoyen en faisant son aspersion, frères, on nous a menacés que le sang de Louis Capet retomberait sur nos têtes: eh bien! qu'il y retombe. Républicains, le sang d'un roi porte bonheur!»
Après ces scènes d'horreur, «dignes, selon lui, des pinceaux de Tacite,» Prudhomme ajoute: «On ne manquera pas de calomnier le peuple à ce sujet, mais la réponse la plus péremptoire aux imputations odieuses dont on va s'efforcer de noircir Paris à cette occasion, c'est le calme qui régna la veille, le jour et le lendemain du supplice de Louis Capet, c'est la docilité des habitants à la voix du magistrat. Les travaux ont été un moment suspendus, mais repris presque aussitôt. Comme de coutume, la laitière est venue vendre son lait, les maraîcheux ont apporté leurs légumes et s'en sont retournés avec leur gaieté ordinaire, chantant les couplets d'un roi guillotiné. Les riches magasins, les boutiques, les ateliers n'ont été qu'entr'ouverts toute la journée, comme jadis les jours de petite fête. Il n'y eut point de relâche aux spectacles: ils jouèrent tous. On dansa sur l'extrémité du pont ci-devant Louis XVI. Le soir, dans les rues, aux cafés, les citoyens se donnaient la main et se promettaient, en la serrant, de vivre plus unis que jamais[96].»
Trois jours après, un représentant, Lepelletier de Saint-Fargeau, ayant été assassiné dans un café du Palais-Égalité pour avoir voté la mort du roi, des funérailles lui furent faites avec une pompe extraordinaire, un appareil saisissant, qui témoignent, après les scènes que nous venons de retracer, les étranges émotions de cette terrible époque.
Le corps de Lepelletier fut déposé sur le piédestal de la statue renversée de Louis XIV, à la place Vendôme. «Les habits percés et tout sanglants de la victime, le sabre teint encore de son sang, ce corps étendu et laissant voir la blessure mortelle qu'il avait reçue, la tête penchée de l'infortuné martyr, pâle, mais non défiguré, les dernières paroles de l'illustre mort transcrites sur le piédestal, son frère, morne et chancelant, derrière; autour une foule de canonniers se disputant l'honneur de partager le glorieux fardeau; devant, un chœur de musique faisant entendre de loin en loin des accents plaintifs; la statue de la Loi étendant son bras comme pour atteindre l'assassin de Lepelletier; joignez à cela un ciel nébuleux, des torches funéraires, des cyprès, un silence religieux et surtout les souvenirs de la journée du 21, tout concourait à laisser dans l'âme une impression profonde [97].» Le cortége, composé de la Convention, des ministres, de la Commune, des tribunaux, de la garde nationale, de tout Paris, après avoir stationné devant les clubs des Jacobins et des Cordeliers, porta Lepelletier au Panthéon.