Voici leurs noms, ceux de leurs commandants et la force de chacun d'eux:
| Numéros | Noms des Bataillons | Chefs. | Effectif. |
|---|---|---|---|
| 1er | Maison-Commune. | Compagnon. | 1,020 |
| 2e | Réunion. | Peret. | 978 |
| 3e | Gravilliers. | Morant. | 1,015 |
| 4e | Sans-Culottes. | Bertrand. | 829 |
| 5e | Panthéon-Français. | Pâris. | 920 |
| 6e | La Montagne. | Roidot. | 1,020 |
| 7e | Guillaume-Tell. | Dupré. | 852 |
| 8e | Du Temple. | Liénard. | 729 |
| 9e | Amis de la Patrie. | Lefebvre. | 733 |
| 10e | Halle-aux-Blés. | Salatz. | 795 |
| 11e | Tuileries. | Grant. | 750 |
| 12e | Fraternité. | Chrétien. | 656 |
| 13e | Faubourg-Antoine. | Auvache. | 1,094 |
| 14e | Contrat-Social. | Vallot. | 840 |
| 15e | Indivisibilité. | Bessat. | 1,042 |
| 16e | Bonne-Nouvelle. | Antoine. | 743 |
| 17e | Bonnet-Rouge. | Fournier. | 564 |
| 18e | Unité. | Roy. | 864 |
| 19e | Théâtre-Français. | Sautray. | 600 |
| 20e | Piques. | Gontalier. | 779 |
| 21e | L. M. Le Pelletier. | Bellet. | 782 |
| 22e | Gardes-Françaises. | Hébert. | 694 |
| 23e | Lombards. | Le Bourbon. | 889 |
| 24e | Bataillon de Franciade. | 653 | |
| 25e | -- de Bourg-Égalité | 935 |
Ainsi, en moins de quinze mois, la ville du 14 juillet, que la révolution avait pourtant privée d'une partie de sa population, qui ne comptait guère à cette époque que 520,000 habitants, avait envoyé sur les frontières CINQUANTE-TROIS MILLE HOMMES[98]! Tel est le glorieux contingent de Paris et de sa banlieue dans la première guerre de la révolution[99]!
Aussi, dans la Convention, à la Commune, dans les sections, on ne parlait du peuple de Paris qu'avec des transports d'enthousiasme, de respect et presque d'adoration. «Il était tout, disait Prudhomme, il pouvait tout, il avait droit sur tout, il commandait à ses chefs, il gouvernait ses gouvernants, il cassait ses propres arrêts, il désobéissait à sa volonté et n'était jamais inconséquent. «On le nourrit avec la loi du maximum; on le tint sur pied en assignant une solde de 40 sous aux citoyens qui assisteraient aux assemblées de sections; on lui donna à surveiller, à arrêter les suspects aux moyens des comités révolutionnaires; on satisfit ses ardeurs de vengeances en entassant les royalistes dans les prisons, en lui donnant à détruire les tombeaux de Saint-Denis, en envoyant à l'échafaud Marie-Antoinette, les Girondins, Bailly, etc.; on fit pour lui la constitution de 93; on le laissa tous les jours, à chaque instant, interrompre les travaux de l'Assemblée pour apporter des pétitions, des fleurs, des chants, des dons civiques[100]; on lui donna de ces fêtes païennes qu'il aimait tant et dont nous allons raconter les plus étranges et les plus solennelles: les funérailles de Marat, la fédération du 10 août, la fête des Victoires.
Le 13 juillet, Marat avait été assassiné par Charlotte Corday: la Convention lui décerna les honneurs du Panthéon, et il y fut porté avec une grande pompe. Le club des Cordeliers réclama son cœur, l'enferma dans une urne magnifique, provenant du garde-meuble, et lui dressa un tombeau de gazon avec un autel dans le jardin de l'ancien couvent; là, pendant plusieurs jours, on fit des processions, on chanta des hymnes, on répandit même des libations autour des reliques du martyr de la liberté. «Un orateur, disent les Révolutions de Paris, a lu un discours qui a pour épigraphe: Ô cor Jésus, ô cor Marat! Cœur, sacré de Jésus, cœur sacré de Marat, vous avez les mêmes droits à nos hommages. L'orateur compare dans son discours les travaux du fils de Marie avec ceux de l'ami du peuple; les apôtres sont les Jacobins et les Cordeliers; les publicains sont les boutiquiers; les pharisiens sont les aristocrates: Jésus est un prophète; Marat est un Dieu. «Paris fut alors inondé de bustes, de portraits, de biographies de Marat. On lui éleva une pyramide sur la place du Carrousel; on donna son nom à plusieurs rues, et la butte Montmartre devint le Mont-Marat.
A la fête du 10 août, on avait élevé sur l'emplacement de la Bastille une fontaine, dite de la Régénération et composée d'une statue colossale de la Nature, laquelle pressait de ses mains ses mamelles, d'où sortaient deux jets d'eau tombant dans un bassin. Les commissaires envoyés par tous les départements y puisèrent tour à tour avec la même coupe et burent «l'eau de la régénération en invoquant la fraternité,» au bruit du canon et de la musique. Ensuite, le cortége parcourut les boulevards et se dirigea vers le Champ-de-Mars en faisant des stations au faubourg Poissonnière, où était un arc de triomphe élevé en l'honneur des femmes des 5 et 6 octobre; à la place de la Révolution, où l'on brûla les attributs de la royauté; sur la place des Invalides, où la statue du peuple abattait le Fédéralisme dans un marais. Enfin au Champ-de-Mars, le président de la Convention, sur l'autel de la patrie, proclama l'acceptation de la Constitution.
La fête des Victoires eut lieu le 30 décembre et célébra l'immortelle campagne de 93, où nos soldats avaient repris Toulon, étouffé la grande insurrection de la Vendée et chassé l'ennemi de nos frontières. Quatorze chars représentaient nos quatorze armées: ils étaient chargés chacun de douze défenseurs de la République et de quatorze jeunes filles vêtues de blanc et portant des branches de laurier. Ensuite venait la Convention en masse, entourée d'un ruban tricolore qui était tenu par les vétérans et les enfants de la patrie entremêlés. Puis venait un char portant le faisceau national surmonté de la statue de la Victoire; il était environné de «cinquante invalides et de cent braves sans-culottes en bonnet rouge.» Le cortége partit des Tuileries, stationna au temple de l'humanité (Hôtel des Invalides) et arriva au Champ-de-Mars; les quatorze chars se rangèrent autour de l'autel de l'immortalité, et un hymne fut chanté, dont les paroles étaient de Chénier et la musique de Gossec.
[Note: (référence absente dans le texte): Révol. de Paris, t. XVIII.]