2º Rue du Bac.--Son nom lui vient d'un bac établi vers l'an 1550 à la place où est aujourd'hui le pont des Tuileries. C'est une rue très-fréquentée et aussi commerçante que populeuse. On y trouve:
1º L'église et la communauté des Missions étrangères, fondées en 1663, par Bernard de Sainte-Thérèse, pour propager la religion chrétienne dans les contrées sauvages. Cet établissement, supprimé en 1792, fut rétabli en 1804; il envoie des missionnaires dans l'Inde, dans la Chine, dans l'Océanie. Nous avons parlé ailleurs [99] du rôle politique qu'a joué cette maison pendant la Restauration. L'église est une succursale du dixième arrondissement.
2º La communauté des sœurs de la Charité, qui occupe l'ancien hôtel de la Vallière. Cette institution, fondée par Saint-Vincent-de-Paul en 1633, est destinée aux soins des malades et des pauvres, et à l'instruction des jeunes filles; il n'en est pas de plus populaire et de plus respectée. Les sœurs de la Charité, au nombre de 2,500, desservent trois cents maisons en France, et, à Paris, douze hôpitaux et trente écoles.
On trouvait jadis dans la rue du Bac: les couvents des Filles de la Visitation, fondé en 1673; de l'Immaculée Conception ou des Récollettes, fondé en 1637; l'hôpital des Convalescents, fondé en 1628 par madame de Bullion et supprimé en 1792. «On y admettait, dit Piganiol, les convalescents sortis de la Charité, excepté les prêtres, les soldats et les laquais, exclusion bien singulière!»
Il serait trop long d'indiquer les grandes maisons de cette rue et les hommes historiques qui les ont habitées: nous dirons seulement qu'au nº 84 est l'hôtel Galiffet, où était le ministère des affaires étrangères sous l'Empire, et que, parmi ses habitants célèbres, on peut citer Lanjuinais, Chateaubriand, Labédoyère, M. Dupin, M. de Montalembert.
II. Rue de l'Université.--Elle commence à la rue de Seine sous le nom de rue Jacob et finit au Champ-de-Mars. Son nom lui vient de l'Université, à qui appartenait le grand Pré-aux-Clercs. On n'y trouve d'autre édifice remarquable que le palais du Corps législatif dont nous avons parlé ailleurs [100], et la place qui s'ouvre devant ce palais: cette place est ornée d'une statue de la loi.
Les anciens hôtels de cette rue étaient: hôtels de Guéménée, de Villeroy, d'Aligre, de Mortemart, de Montesquieu, de Soyecourt, de Mailly, de Périgord, qui appartient aujourd'hui au maréchal Soult; de Noailles, aujourd'hui occupé par le Dépôt de la guerre, etc. Au nº 17 demeurait en 1830 le maréchal de Bourmont; au nº 18 demeurait en 1808 Chauveau-Lagarde; au nº 82 a demeuré M. de Lamartine; au nº 90 M. le duc de Broglie, etc. Enfin, dans cette rue demeurait, en 1792, Talleyrand-Périgord, évêque d'Autun, le général Arthur Dillon, le général Montesquiou, etc.
Dans la rue de l'Université aboutit la rue des Petits-Augustins, qu'on appelle aujourd'hui Bonaparte, et qui se prolonge sous ce nom jusqu'à la rue de Vaugirard.
Cette rue, ouverte en 1600 sur l'emplacement du canal de la petite Seine, a pris son nom des Augustins que Marguerite de Valois fit venir pour desservir une chapelle voisine de son palais. Cette princesse leur concéda six arpents de terre qu'elle avait acquis de l'Université dans le grand Pré, et sur lesquels ils bâtirent en 1625, avec le produit des quêtes faites dans Paris, un couvent et une église. Cette église renfermait les tombeaux du peintre Porbus, du favori de Gaston d'Orléans, Puylaurens, de la famille Leboulanger, etc. En 1791, on fit du couvent des Augustins un dépôt d'objets d'art enlevés aux églises détruites, et ce dépôt devint, sous la direction d'Alex. Lenoir, le Musée des monuments français, qui fut ouvert le 1er septembre 1795. Huit grandes salles renfermaient plus de cinq cents monuments, statues, tableaux, bas-reliefs, antiquités, curiosités; l'église, le cloître, les cours, les escaliers, les balcons, les façades, tout était plein de débris disposés avec art et dans l'ordre chronologique; enfin, les jardins, élégamment dessinés, étaient ornés de tombeaux d'hommes illustres, parmi lesquels Abeilard, Descartes, Turenne, Molière, La Fontaine, Boileau, etc. En 1816, on détruisit ce musée précieux, et les monuments qu'il renfermait furent donnés à l'abbaye Saint-Denis, à diverses églises et même à des cimetières; en même temps, l'on ordonna la construction d'un palais pour l'école des Beaux-Arts. Ce palais a été commencé en 1819 sur les dessins de M. Debret et continué par M. Duban. Dans la première cour est la façade du château d'Anet, œuvre de Philibert Delorme; elle sert de frontispice à l'ancienne église des Augustins, transformée en musée où l'on trouve des modèles en plâtre, des chefs-d'œuvre de sculpture et une copie du Jugement dernier de Michel-Ange. La première cour est séparée de la seconde par la porte du château de Gaillon et par d'autres fragments précieux de la sculpture française. La face principale du musée des études est décorée de colonnes, médaillons, fragments antiques, des portraits en relief de Philibert Delorme, Jean Goujon, Poussin et Lesueur. On trouve dans l'intérieur des galeries destinées à des expositions de peinture, de sculpture et d'architecture, une collection des empreintes des sceaux royaux depuis Clovis, des modèles de monuments antiques, un grand amphithéâtre dont l'hémicycle a été peint par Paul Delaroche, etc.