8° A l'extrémité du quai de Billy se trouvait autrefois le couvent des Bons-Hommes ou des Minimes, fondé par Anne de Bretagne. L'église dédiée à Notre-Dame-de-Grâce renfermait le tombeau du maréchal de Rantzau. Une partie des bâtiments existe encore.

Sur la rive gauche:

1° Le Jardin-des-Plantes. (Voir liv. III, ch. Ier.)

La Halle-aux-Vins.--Elle date de 1664 et fut d'abord établie sur un petit terrain dépendant de l'abbaye Saint-Victor, à l'angle du quai et de la rue des Fossés-Saint-Bernard. En 1808, l'abbaye ayant été détruite, la halle prit un immense développement et renferma tous les terrains compris entre les rues Cuvier, Saint-Victor et des Fossés-Saint-Bernard, c'est-à-dire une superficie de 134,000 mètres. Elle est composée de cinq masses principales de constructions, séparées par des rues et des allées d'arbres, et ressemble à une petite ville. On peut y renfermer plus de deux cent mille pièces de vin. Ce magnifique entrepôt, dont les distributions sont si commodes, les abords si faciles, appartient à la ville de Paris, qui en loue les celliers, caves et galeries, et il lui a coûté près de 20 millions. Les vins qui y sont emmagasinés n'acquittent les droits d'octroi qu'à la sortie de l'entrepôt.

3° La Tournelle et la porte Saint-Bernard,--Le château de la Tournelle était une grosse tour carrée bâtie par Philippe-Auguste en 1185, et qui correspondait à la tour Loriot (quai des Célestins). A la demande de saint Vincent-de-Paul, on y logea les galériens en attendant le jour de leur départ pour les bagnes: auparavant, «ces coupables gémissaient dans les cachots de la Conciergerie, dénués de tout secours spirituel, exténués par la misère, livrés à toute l'horreur de leur situation.» A côté de cette tour était la porte Saint-Bernard, qui fut détruite en 1670: sur son emplacement on construisit en 1674, sur les dessins de Blondel, un arc de triomphe à la gloire de Louis XIV. Cet arc et la Tournelle furent détruits en 1787.

4° Sur le quai de la Tournelle se trouvent encore: 1° au n° 3, l'hôtel de Nesmond, rebâti par le président de même nom et qui s'était appelé auparavant de Tyron, de Bar, de Montpensier; il avait appartenu aux princes de Lorraine et joua un grand rôle à l'époque de la Fronde; 2° au n° 5, la Pharmacie centrale des hôpitaux de Paris, établie dans l'ancien couvent des Miramiones ou filles de Sainte-Geneviève, qui se consacraient au soulagement des malades et des pauvres. Ce couvent avait été fondé en 1661 par l'une des plus saintes femmes dont s'honore l'histoire de Paris, madame Beauharnais de Miramion, que madame de Sévigné appelle une mère de l'Église: devenue veuve à seize ans, elle consacra sa fortune et sa vie à des œuvres de charité, et on la vit pendant deux années nourrir de son patrimoine sept cents pauvres que l'Hôpital-Général avait été contraint de chasser. Elle fut enterrée dans le couvent des Miramiones.

5° Le petit Châtelet.--Le petit Châtelet fut transformé en château fort et en prison sous Charles V; il était, comme le grand Châtelet, dans la dépendance du prévôt de Paris. Cette forteresse hideuse, qui interceptait le passage et l'air à l'entrée de la rue Saint-Jacques, a été démolie en 1782.

6° Le couvent des Augustins.--Le marché à la Volaille.--Le couvent des Augustins avait été fondé en 1293 sur l'emplacement d'une chapelle. Son église fut édifiée par Charles V, dont la statue décorait le portail; elle renfermait les tombeaux de Philippe de Comines, de Rémy Belleau, de Dufaur de Pibrac, de Jérôme Lhuillier, etc. Les jardins et dépendances occupaient l'espace compris entre les rues des Grands-Augustins, Christine, d'Anjou et de Nevers. Sa salle capitulaire, son réfectoire, sa bibliothèque étaient très-vastes: aussi c'était dans ce couvent que se tenaient les assemblées de l'ordre du Saint-Esprit et du clergé; c'était là aussi que siégeait le Parlement quand le Palais était occupé par quelque fête royale: ce corps s'y trouvait rassemblé quand Henri IV fut assassiné, et c'est là que Marie de Médicis fut déclarée régente. Les Augustins ont fourni à l'Église de savants théologiens, mais ils étaient renommés pour leur indocilité: en 1658, sous le règne du grand roi, ils soutinrent un siége, où il y eut des blessés et des morts, pour résister à un arrêt du Parlement. Sur l'emplacement de ce couvent a été bâti le marché à la Volaille, et ouverte la rue du Pont-de-Lodi. Une partie de l'hôtel de l'abbé existe encore dans cette rue au n° 3.

Hôtel de Nesle ou de Nevers.--Hôtel des Monnaies.--L'hôtel de Nesle avait été bâti par Amaury de Nesle, qui le vendit à Philippe-le-Bel; il passa à Jeanne de Bourgogne, épouse de Philippe-le-Long, et c'est à elle qu'une tradition très-hasardée attribue les crimes qui ont rendu fameuse la tour de Nesle. Cet hôtel devint sous Charles VI la demeure du duc de Berry, qui l'agrandit et l'embellit[21]. Il était alors borné au couchant par la porte et la tour de Nesle, au delà desquelles était un large fossé, dit la petite Seine, qu'on ne passait que sur un pont de quatre arches. En 1552, Henri II ordonna «que les pourpris, maisons et place du grand Nesle seraient vendus.» Le duc de Nevers en acheta la plus grande partie et y fit construire sur un plan très-élégant un hôtel dont l'intérieur était magnifique. Les princesses de la maison de Nevers-Gonzague l'ont rendu célèbre. C'est là que Henriette de Clèves, duchesse de Nevers, pleura la mort de Coconnas, son amant, décapité en 1574, et dont elle conservait la tête embaumée près de son lit. Soixante ans après, la petite-fille de Henriette, Marie de Gonzague, pleurait dans la même chambre la mort tragique de son amant Cinq-Mars: ce qui ne l'empêcha pas d'épouser successivement Ladislas IV et Casimir, rois de Pologne. L'hôtel de Nevers devint, à cette époque, la propriété de Duplessis de Guénégaud, ministre d'État, ami éclairé des arts et des lettres, qui en fit le séjour le plus brillant de Paris, le plus fréquenté des grandes dames et des beaux esprits. C'est là que Boileau lut ses premières satires et Racine sa première tragédie. Dans les dépendances de cette belle maison était l'hôtel Sillery, qui fut habité par Gourville, l'intendant du duc de la Rochefoucauld, si fameux par son esprit d'intrigue. En 1670, l'hôtel de Nevers fut acheté par la princesse de Conti, et sa famille le garda jusqu'en 1768, où il fut acquis par l'État et démoli pour construire sur son emplacement l'hôtel des Monnaies. Cet hôtel, bâti sur les dessins de l'architecte Antoine, est un des monuments les plus remarquables de Paris: il renferme, outre les ateliers nécessaires à la fabrication des monnaies, au contrôle des objets d'or et d'argent, etc., un beau cabinet de minéralogie et une précieuse collection de monnaies françaises et étrangères. C'est le siége de l'administration chargée de l'exécution des lois monétaires.

8º Le collége des Quatre-Nations.--Le palais de l'Institut.--Mazarin, par son testament, avait fondé un collége, dit des Quatre-Nations, pour les enfants nobles des quatre provinces réunies à la France pendant son ministère. Ce collége fut bâti par les architectes Levau, Lambert et d'Orbay, sur une partie de l'ancien hôtel de Nesle et sur l'emplacement même de la tour et de la porte de Nesle, détruites en 1763. Sa façade sur le bord de la Seine, en face du Louvre, est monumentale et d'un bel aspect. Dans l'église, où se tiennent aujourd'hui les séances publiques de l'Institut, était le tombeau du cardinal, œuvre de Coysevox, et qui se trouve maintenant au musée de Versailles. Le collége des Quatre-Nations subsista jusqu'en 1792; il servit de prison à l'époque de la terreur et devint en 1806 le siége de l'Institut national établi en 1795, ou des cinq Académies, française, des sciences, des inscriptions et belles-lettres, des beaux-arts, des sciences morales et politiques. Les Académies, jusqu'à l'époque de la Révolution, avaient tenu leurs séances au Louvre. Au collége des Quatre-Nations avait été adjointe la bibliothèque de Mazarin, rassemblée à grands frais par Gabriel Naudé et composée alors de quarante mille volumes. Cette bibliothèque existe encore et a aujourd'hui triplé ses richesses.