«A la prière des sergents d'armes, monsieur sainct Loys fonda ceste église et y mist la première pierre; et fust pour la joye de la victoire qui fust au pont de Bovines, l'an 1214.»--«Les sergents d'armes pour le temps gardoient ledit pont, et vouèrent que si Dieu leur donnoit victoire, ils fonderoient une église en l'honneur de madame saincte Katherine; ainsi fust-il

Les sergents d'armes avaient fait de cette église le siége de leur confrérie, et presque tous y avaient leur sépulture. C'est là que furent enterrés les maréchaux de Champagne et de Normandie tués par l'ordre d'Étienne Marcel; c'est devant son portail que furent exposés les cadavres d'Étienne Marcel et de cinquante-quatre de ses compagnons tués à la porte Saint-Antoine; c'est dans son cimetière que furent enterrés secrètement Nicolas Desmarest et d'autres victimes de la réaction de 1383.

L'ordre de Sainte-Catherine fut réuni en 1629 à la congrégation de Sainte-Geneviève, et la maison de la rue Saint-Antoine devint le noviciat de cette congrégation. En 1767, comme les bâtiments tombaient en ruines, ce noviciat fut transféré dans la maison des Jésuites, dont l'ordre venait d'être supprimé. Dans cette translation, l'église, monument touchant d'une victoire nationale, dont le portail avait été reconstruit par François Mansard, semblait avoir droit à quelque respect; mais à cette époque, alors qu'on avait derrière soi la bataille de Rosbach, on la démolit, et, sur les plans de Soufflot, on construisit à sa place le triste marché que nous voyons aujourd'hui avec les rues étroites qui l'avoisinent, et on les baptisa, non pas de ces noms barbares et oubliés de Monsieur-Sainct-Loys et du Pont-de-Bovines, mais des noms illustres de MM. les ministres de cette époque.

4º Le temple des protestants de la confession de Genève.--Cet édifice occupe l'emplacement de l'hôtel de Cossé, où mourut le mignon de Henri III, Quélus, après le duel de la rue des Tournelles: «Ce fut dans une chambre, dit Saint-Foix, qu'on peut dire avoir été sanctifiée depuis, servant à présent de chœur aux Filles de la Visitation-Sainte-Marie.» En effet, c'est dans cet hôtel que ces religieuses, instituées par saint François de Sales, furent établies en 1629 par madame de Chantal, la sainte aïeule de madame de Sévigné. L'église, remarquable par son dôme et ses belles peintures, fut construite en 1634 par François Mansard. On y trouvait le tombeau du fameux ministre Fouquet, mort à Pignerol en 1680. La maison des Filles de la Visitation a été supprimée en 1790; sur l'emplacement du couvent on a ouvert une rue; l'église a été affectée en 1800 au culte protestant.

Plusieurs rues importantes ou célèbres aboutissaient ou aboutissent à la rue Saint-Antoine.

Place du Marché Saint-Jean.--C'était, dit-on, un ancien cimetière romain, sur l'emplacement duquel fut construit un hôtel qui appartenait au sire de Craon, assassin du connétable de Clisson. Cet hôtel ayant été détruit en expiation du crime, son emplacement redevint un cimetière, qui fut souvent le lieu d'exécutions judiciaires: ainsi, en 1535, un des premiers martyrs de la réforme, Étienne de la Forge, riche marchand de Paris, y fut brûlé. On supprima ce cimetière en 1772, et on le remplaça par un marché qui a été détruit en 1818. Cette place, avec ses abords, a été l'un des principaux théâtres de l'insurrection de juin. Elle a disparu dans les démolitions opérées derrière l'Hôtel-de-Ville, pour prolonger la rue de Rivoli.

2º Rue des Barres.--Elle doit son nom à un hôtel (nº 4) bâti en 1250 et qui appartenait, sous Charles IV, à Louis de Boisredon, l'un des amants d'Isabelle de Bavière. C'est là que ce chevalier fut pris par l'ordre du monarque, mis à la question, enfermé dans un sac et jeté à la rivière avec ces mots: Laissez passer la justice du roi. Cet hôtel devint ensuite la propriété des sires de Charny, et, au XVIIIe siècle, on y établit les bureaux de l'administration des aides. En 1792, il devint le chef-lieu de la section de la Maison Commune, et c'est là que le 9 thermidor, après la prise de l'Hôtel-de-Ville, fut transporté tout sanglant Robespierre le jeune, qui venait de se jeter par une fenêtre.

3º Rue Geoffroy-Lasnier .--Elle tire son nom d'une famille bourgeoise du XVIe siècle, qui possédait presque toute cette rue. Au nº 26 est établie la mairie du neuvième arrondissement, dans une maison qui fut bâtie, dit-on, pour le premier connétable de Montmorency.

4º Rues de Jouy et du Figuier.--La rue de Jouy doit son nom à un hôtel qui appartenait à l'abbé de Jouy et qui devint la propriété de Jean de Montaigu, surintendant des finances sous Charles VI. Dans la rue du Figuier est l'hôtel de Sens, un des débris les plus curieux de l'architecture du moyen âge. L'évêché de Paris étant autrefois dépendant de l'archevêché de Sens, les archevêques de Sens venaient souvent dans la capitale et y avaient un hôtel. Cet hôtel fut rebâti à la fin du XVe siècle par Tristan de Salazar, et il devint la demeure de plusieurs personnages célèbres, le chancelier Duprat, les cardinaux de Lorraine, Pellevé, Duperron, Marguerite de Valois après son divorce, etc. Il passa dans la suite aux archevêques de Paris, fut vendu en 1790, et, aujourd'hui à demi-détruit, renferme dans ses murs dégradés un établissement de roulage.

5º Rue Pavée [30]. --Dans cette rue étaient ou sont encore plusieurs hôtels célèbres: