Cette ville était divisée, sous saint Louis, en quatre quartiers; sous Charles VI, en huit; sous Henri III, en seize; sous Louis XIV, en vingt; en 1789, en soixante districts; en 1791, en quarante-huit sections; elle est divisée, depuis 1796, en douze arrondissements. Chaque arrondissement a une mairie, une justice de paix, une église paroissiale avec une ou plusieurs églises succursales. Il se divise en quatre quartiers.
Si cette division de Paris en douze arrondissements et quarante-huit quartiers était basée sur les caractères du sol, la formation historique ou l'état politique de la ville, nous n'aurions qu'à la suivre pour décrire ce monde tant de fois déjà décrit, depuis Corrozet jusqu'à Dulaure, et dont l'histoire est toujours à refaire, tant il change fréquemment; mais cette division, qui semble avoir été enfantée par le hasard, manque complétement d'ordre et de régularité; et ses zigzags, aussi capricieux que bizarres, semblent avoir été inventés à plaisir pour augmenter le dédale des rues parisiennes. Nous chercherons donc dans l'histoire de la formation de la ville une voie de description plus facile et plus logique.
C'est à la Seine que Paris doit sa naissance; c'est à la religion qu'il doit ses premiers agrandissements. Longtemps sa vie et son activité restèrent concentrées sur le fleuve nourricier, qui seul rapprochait cette ville des contrées voisines; mais quand elle sortit des roseaux de la Cité, elle s'étendit d'abord sur les routes qui, rayonnant de la Cité ou de ses alentours, la menaient à des autels révérés: ces routes étaient, sur la rive droite, celles de l'abbaye Saint-Antoine-des-Champs, du manoir des Templiers, de l'abbaye de Saint-Denis, du prieuré Saint-Martin, de la butte Montmartre, de l'église Saint-Honoré; sur la rive gauche, celles de l'abbaye Saint-Victor, de l'église Saint-Marcel, des couvents des Chartreux et des Jacobins, de l'abbaye Saint-Germain-des-Prés, etc. Elles devinrent les artères par lesquelles la vie et la population de Paris, partant de la Cité et de son voisinage, s'en allèrent successivement, et en s'épanouissant à droite et à gauche, jusqu'aux limites où nous les voyons arrêtées. Ces routes, ces rues artérielles, ces grandes voies de communication, ayant été l'origine des principaux quartiers et faubourgs de la ville, nous donneront, par leur histoire et leur description, l'histoire et la description de la ville entière. Ainsi, après avoir parlé de la Seine, de ses îles, de ses quais, de ses ponts, nous aborderons l'histoire de Paris septentrional par la place de Grève, la rue et le faubourg Saint-Antoine, ce qui nous donnera la description des rues qui débouchent dans cette grande voie, celle de l'Hôtel-de-Ville, de la Bastille, de la barrière du Trône, etc.; nous la continuerons par la Vieille-Rue-du-Temple, ensuite par les rue et faubourg du Temple, par les rue et faubourg Saint-Martin, etc. De même nous aborderons l'histoire de Paris méridional par la place Maubert et la rue Saint-Victor; nous la continuerons par la montagne Sainte-Geneviève et le faubourg Saint-Marcel, ensuite par la rue Saint-Jacques, etc. Les exceptions que nous ferons à ce mode général de description seront encore amenées par l'histoire de la formation des divers quartiers; en effet, les agrandissements modernes de la ville n'ont pas eu pour cause le zèle religieux, mais les nécessités du commerce, la volonté des rois et les caprices de la mode; aussi, dans les quartiers nouveaux, les rues artérielles rayonnent, non jusqu'à la Cité ou à ses alentours, mais sur la rive droite jusqu'au Palais-Royal, sur la rive gauche jusqu'à l'église Saint-Germain-des-Près; c'est pourquoi nous devrons prendre un mode exceptionnel de description pour les quartiers de la Bourse et de la Chaussée-d'Antin, pour les quartiers Saint-Germain et des Invalides.
LIVRE PREMIER.
LA SEINE, SES ÎLES, SES QUAIS ET SES PONTS.
CHAPITRE PREMIER.
LA SEINE.
La Seine traverse Paris du sud-est au nord-ouest dans une longueur de 8 kilomètres. Sa largeur la plus grande est au-dessous du Pont-Neuf, où elle a 263 mètres; à son entrée dans la ville, près du pont d'Austerlitz, elle en a 165, et à sa sortie, près du pont d'Iéna, 136. Sa plus petite largeur est dans son petit bras, vers le pont Saint-Michel, où elle a 49 mètres. Sa vitesse moyenne est de 54 centimètres par seconde. Nous avons déjà dit que sa hauteur au-dessus du niveau de la mer était de 33 mètres: dans les inondations, elle dépasse cette hauteur de 6 à 8 mètres.
La Seine est un fleuve assez prosaïque et uniforme: elle ne déborde et n'est à sec que rarement. Cependant, depuis que les montagnes où elle prend naissance ont été déboisées, depuis que les marais qui la bordaient jadis ont été desséchés, enfin depuis que le fond de son lit s'est successivement exhaussé, elle garde un niveau moins égal que dans les anciens temps; mais ses débordements ne présentent plus rien de redoutable depuis qu'elle est enfermée dans deux hautes murailles de pierre infranchissables. Les inondations les plus fameuses sont celles de 583, 842, 1206, 1280, 1325, 1407, 1499, 1616, 1658, 1663, 1719, 1733, 1740, 1764, 1799, 1802, 1836, 1844.