4º L'île aux Juifs était située au couchant de la Cité, entre le jardin du Palais et le quai des Augustins: elle appartenait à l'abbaye Saint-Germain-des-Prés et fut, en 1313, le théâtre du supplice de Jacques Molay, grand-maître de l'ordre des Templiers. Près d'elle était l'île à la Gourdaine, sur laquelle se trouvait un moulin. Ces deux îles furent concédées par Henri IV à Achille de Harlay, qui les réunit à la Cité et en forma la place Dauphine, ainsi que l'éperon du Pont-Neuf, où s'élève la statue de Henri IV.

5º L'île du Louvre n'était qu'un banc de sable, qui a disparu dans la construction du port Saint-Nicolas.

6º Les îles aux Treilles et de Seine étaient situées depuis le pont des Tuileries jusqu'au pont des Invalides: elles contenaient ensemble 20 arpents, étaient couvertes de saussaies et d'oseraies, et furent vendues en 1645 pour être réunies à la rive gauche.

7º L'île du Gros-Caillou ou des Cygnes, grand banc de sable situé en face de Chaillot et qu'on a détruit en 1820.

CHAPITRE III.

ÎLE SAINT-LOUIS.

Les îles Notre-Dame et aux Vaches, qui ont formé l'île Saint-Louis, n'étaient séparées que par un petit canal qui occupait à peu près l'emplacement de la rue Poultier. Elles étaient assez élevées, couvertes de prairies, bordées de peupliers et appartenaient à l'église Notre-Dame de temps immémorial, car l'on trouve que Charles-Martel enleva à cette église la propriété de ces îles et que Charles-le-Chauve la lui restitua en 867. Une fête y fut donnée en 1313 par Philippe-le-Bel [1]; on y prêcha une croisade, et le roi, avec ses deux fils, y prit la croix. En 1614, Christophe Marie, architecte, de concert avec deux financiers nommés Regratier et Poultier, obtint la concession de ces deux îles à la condition de les réunir, de les border de quais, d'y construire des rues et des maisons, enfin de les faire communiquer par un pont avec la ville. Le pont Marie et les rues Regratière et Poultier rappellent les noms des trois hommes qui commencèrent cette grande entreprise; mais il fallut plus de trente ans pour couvrir ce nouveau quartier de rues bien alignées, de quais superbes, de beaux hôtels, où allèrent principalement se loger les gens d'affaires, qu'on appelait alors traitants ou partisans. Lorsque Colbert fit rendre gorge, en 1665, à ces sangsues de l'État, il y eut, sur 90 millions, 8 millions de taxes mises sur les financiers de l'île Saint-Louis. Cette île prit dès lors un aspect calme, grave, sérieux, qu'elle n'a pas entièrement perdu: aujourd'hui encore, c'est un quartier qui, par les mœurs paisibles de ses habitants, l'absence de grands établissements de commerce, les nombreux hôtels qu'il a conservés, a une physionomie particulière et ressemble à une ville de province [2]. Il n'a joué presque aucun rôle dans nos troubles civils.

L'île Saint-Louis est unie à la rive droite par les ponts Marie et Louis-Philippe et par la passerelle de Damiette, à la rive gauche par le pont de la Tournelle et la passerelle de Constantine, à la Cité par les ponts Louis-Philippe et de la Cité. Sa superficie est de 110,000 mètres carrés. Elle forme un quartier du neuvième arrondissement, dit de l'île Saint-Louis, et qui, pendant la révolution, s'appelait section de la Fraternité.

Elle est coupée à angle droit et régulièrement par deux grandes rues: la rue des Deux-Ponts, qui aboutit aux ponts Marie et de la Tournelle et qui est une des grandes voies de communication de la rive droite à la rive gauche de la Seine; la rue Saint-Louis, où se trouve une église du même nom, qui date de 1618 et qui a été reconstruite en 1726. C'est un petit édifice, sans portail et sans ornements, qui renferme le tombeau de Quinault.