5º Rue d'Orléans.--Elle tire son nom de l'hôtel de Bohême ou d'Orléans, vers lequel elle conduisait. Dans cette rue étaient, au XVIIe siècle, les plus fameuses estuves de Paris, tenues par un nommé Prudhomme, et qui ont joué un rôle très-important dans les troubles de la Fronde: elles ont vu dans leurs réduits secrets le prince de Condé, le duc de Beaufort, le cardinal de Retz; elles ont été le théâtre de rendez-vous galants, de conspirations politiques, de rassemblements d'hommes de guerre, etc. On y trouvait aussi l'hôtel d'Aligre ou de Vertamont, qui avait été bâti sous Henri II: il appartint successivement à Diane de Poitiers, à Robert de la Mark, duc de Bouillon, au vicomte de Puysieux, à Achille de Harlay, au président de Vertamont, etc. Au nº 10 de cette rue a demeuré le girondin Valazé.
6º Rue des Poulies et place du Louvre.--Dans cette rue, aujourd'hui presque entièrement reconstruite, était l'hôtel d'Alençon, bâti en 1250 par Alphonse, comte de Poitiers, frère de saint Louis, et qui fut possédé par le comte d'Alençon, fils de ce même roi. Après lui, il eut pour possesseurs Enguerrand de Marigny, Charles de Valois, le marquis de Villeroy, Henri III, le duc de Retz, la duchesse de Longueville. C'est là que fut conduit Ravaillac après l'assassinat de Henri IV. Il devint en 1709 l'hôtel du marquis d'Antin et fut détruit pour former les hôtels de Conti et d'Aumont, lesquels ont été démolis lorsque fut ouverte la place du Louvre.
Sur la place du Louvre aujourd'hui agrandie et reconstruite, se trouve l'église Saint-Germain-l'Auxerrois. Cette église a été bâtie, les uns disent par Childebert et Ultrogothe en 580, les autres, avec plus de raison, par Chilpéric Ier, en l'honneur de saint Germain, évêque de Paris, dont le tombeau devait y être et n'y fut jamais transféré. On l'appelait alors vulgairement Saint-Germain-le-Rond, à cause de sa forme circulaire. Saint Landry, évêque de Paris, y fut enterré en 655. Les Normands, pendant le siége de Paris, la prirent et la fortifièrent; à leur départ, ils la laissèrent en ruines. Le roi Robert la fit reconstruire, et, pour ne pas la confondre avec Saint-Germain-des-Prés, on la nomma par erreur Saint-Germain-l'Auxerrois, quoique saint Germain d'Auxerre n'ait rien de commun avec cette église. C'était alors et elle resta longtemps l'unique paroisse du nord de Paris. Au commencement du XIVe siècle, elle fut entièrement rebâtie, et c'est de cette époque que datent sa façade, son porche, ses clochers. L'église Saint-Germain était collégiale et n'est devenue paroissiale qu'en 1744: son chapitre, très-puissant et très-riche, nommait à six cures de Paris; à cause de son voisinage du Louvre et des Tuileries, elle a pris une grande part aux événements de notre histoire. Le fait le plus triste qu'elle rappelle est la Saint-Barthélémy, dont le signal fut donné par sa grosse cloche. Elle était ornée de sculptures de Jean Goujon, de tableaux de Lebrun, de Philippe de Champagne, de Jouvenet, et surtout de monuments funéraires. Il serait impossible d'énumérer les hommes célèbres qui y ont été enterrés: dans la dernière restauration qu'elle a subie, la terre qu'on remua sous les dalles de la nef et du chœur n'était pour ainsi dire composée que d'ossements et de cendres de morts, et il en était de même de la terre du cloître. Nommons seulement les chanceliers d'Aligre, Ollivier, de Bellièvre, la famille des Phélippeaux, qui a fourni dix ministres, le poète Malherbe, l'architecte Levau, le médecin Guy Patin, le peintre Stella, le graveur Warin, l'orfévre Balin, les sculpteurs Sarrazin et Desjardins, les deux Coypel, l'architecte d'Orbay, le géographe Sanson, le médecin Dodart, Coysevox, madame Dacier, le comte de Caylus, etc. On sait comment cette église fut horriblement dévastée le 13 février 1831; elle a été restaurée avec autant de luxe que d'intelligence et rendue au culte. C'est la paroisse du quatrième arrondissement.
L'église Saint-Germain-l'Auxerrois était entourée d'un cloître dont on a formé plus tard la place Saint-Germain et les rues des Prêtres et Chilpéric, aujourd'hui en partie détruites; on y pénétrait de la place du Louvre par une ruelle où se trouvait une maison dite du Doyenné, occupée en 1599 par une tante de Gabrielle d'Estrées et où celle-ci, subitement prise de convulsions dans un dîner chez Zamet, se fit transporter et mourut. Elle fut ensuite occupée par le savant Bignon, doyen de Saint-Germain, qui y recevait les érudits et les gens de lettres.
Dans ce même cloître, rue des Prêtres, nº17, est le Journal des Débats, qui date de 1789.
7º Rue de Grenelle, ainsi appelée de Henri de Guernelles, qui l'habitait au XIIIe siècle. Dans cette rue était l'hôtel du président Baillet, qui, en 1605, passa au duc de Montpensier, en 1612 au duc de Bellegarde, en 1632 au chancelier Séguier, lequel l'enrichit de peintures de Vouet, d'une belle bibliothèque et d'une chapelle. «Sous ce nouveau propriétaire, dit Jaillot, protecteur éclairé des sciences, des arts et des talents, cet hôtel devint le temple des Muses, l'asile des savants et le berceau de l'Académie française; c'est là que le chancelier a eu plus d'une fois l'honneur de recevoir Louis XIV et la famille royale, et qu'en 1656 la reine Christine de Suède honora l'Académie de sa présence.» L'Académie française siégea dans l'hôtel Séguier jusqu'en 1673. En 1699, les fermiers généraux achetèrent cette maison avec ses dépendances et y établirent leurs bureaux et leurs magasins: elle prit alors le nom d'hôtel des Fermes. «Là s'engouffre, dit Mercier, l'argent arraché avec violence de toutes les parties du royaume, pour qu'après ce long et pénible travail, il rentre altéré dans les coffres du roi.» En 1792, l'hôtel des Fermes, devenu propriété nationale, fut converti en maison de détention, puis en théâtre; il a été ensuite partagé en plusieurs propriétés particulières. Près de l'hôtel des Fermes se trouvait, dans le XVIe siècle, l'hôtel du vidame de Chartres, où Jeanne d'Albret mourut le 9 juin 1572.
8º Rue Pierre Lescot.--Cette rue, qui n'existe plus, datait du XIIIe siècle et se nommait Jean-Saint-Denis, nom qu'elle perdit en 1807 pour prendre celui du chanoine de Paris qui a été le premier architecte du Louvre. C'était, ainsi que les rues voisines de la Bibliothèque, du Chantre, etc., une des plus tristes et des plus misérables de Paris: ses maisons, étroites, humides, infectes, étaient occupées par des auberges de bas lieu ou des maisons de prostitution, repaires immondes d'où sortaient trop souvent des aventuriers, des gens sans aveu, des repris de justice. Toutes ces rues ont été détruites pour l'achèvement du Louvre et la continuation de la rue de Rivoli.
9º Rue Saint-Thomas du Louvre.--Cette rue, que nous ne nommons qu'à cause de ses souvenirs historiques, puisqu'elle vient de disparaître dans les démolitions faites pour achever le Louvre, commençait à la place du Palais-Royal et se prolongeait autrefois jusqu'à la Seine. Elle datait du XIIIe siècle et tirait son nom d'une église dédiée à saint Thomas de Cantorbéry, qui fut fondée par Robert de Dreux, fils de Louis VI. Cette église, qui était sise au coin de la rue du Doyenné, fut reconstruite en 1743 sous le nom de Saint-Louis et renfermait le tombeau du cardinal Fleury. Elle fut consacrée au culte protestant pendant la révolution et aujourd'hui est détruite. En face de cette église était l'hôpital, le collége et l'église Saint-Nicolas, qui furent supprimés en 1740.
Dans cette rue se trouvait le fameux hôtel Rambouillet, qui porta successivement les noms d'O, de Noirmoutiers, de Pisani, et qui prit celui de Rambouillet lorsque Charles d'Angennes, marquis de Rambouillet, épousa Catherine de Vivonne, fille du marquis de Pisani, et vint s'y établir. C'était une grande maison avec de beaux jardins, décorée à l'intérieur avec une richesse pleine de goût, et qui occupait l'emplacement d'une partie de la rue de Chartres, dans le voisinage de la place du Palais-Royal; sa façade intérieure dominait les jardins des Quinze-Vingts et de l'hôtel de Longueville, et avait la vue sur le jardin de Mademoiselle ou la place actuelle du Carrousel. Nous avons dit ailleurs (Hist. gén. de Paris, p. 62) quelle célébrité il acquit dans le XVIIe siècle. Cet hôtel passa au duc de Montausier par son mariage avec l'illustre Julie d'Angennes, puis aux ducs d'Uzès. En 1784 il fut détruit, et l'on construisit sur son emplacement une salle de danse dite Vauxhall d'hiver, qui devint en 1790 le club des monarchiens et en 1792 le théâtre du Vaudeville, détruit par un incendie en 1836.
A côté de l'hôtel Rambouillet était l'hôtel de Longueville, bâti par Villeroy, ministre de Henri III; ce monarque l'habita et y reçut la couronne de Pologne. Il appartint ensuite à Marguerite de Valois, puis au marquis de la Vieuville, puis à la duchesse de Chevreuse, qui en fit le chef-lieu de la Fronde: c'est là que se passèrent toutes ces intrigues «où la politique et l'amour se prêtaient mutuellement des prétextes et des armes,» et que le cardinal de Retz raconte avec tant de complaisance; c'est là qu'il venait passer une partie des nuits avec mademoiselle de Chevreuse. «J'y allois tous les soirs, dit-il, et nos vedettes se plaçoient réglément à vingt pas des sentinelles du Palais-Royal, où le roi logeoit.» Cet hôtel, après avoir appartenu à la maison de Longueville, fut vendu en 1749 aux fermiers généraux, qui y établirent le magasin général des tabacs. On y ouvrit, sous le Directoire, des salles de jeu et un bal qui n'était fréquenté que par des femmes débauchées. Il est aujourd'hui détruit.