Elle a pour prolongement la rue Neuve-Saint-Étienne, où le sage et modeste Rollin a demeuré près de cinquante ans [75]. Sa maison occupe le nº 14, et l'on y lit encore ce distique qu'il y avait fait inscrire:

ante alias dilecta domus qua, ruris et urbis
incola tranquillus, meque deoque fruor.

Dans cette même rue a demeuré, avant la révolution, Bernardin de Saint-Pierre: c'est là qu'il a fait les Études de la nature.

2º Rue de l'Arbalète.--On y trouvait le couvent des Filles de la Providence, fondé en 1634 par madame Pollalion, «l'associée de saint Vincent de Paul pour toutes ses œuvres de charité.» On y élevait des jeunes filles pauvres jusqu'à l'âge de vingt ans: «C'était, dit Jaillot, un séminaire où les vierges privées des biens de la fortune trouvaient un asile assuré pour conserver ceux de la grâce et de la chasteté.»

Au nº 13 sont l'école de pharmacie et le jardin de botanique, fondés en 1578 par Nicolas Houel et dont nous allons parler tout à l'heure.

Dans cette rue débouche la rue des Postes, dont le nom dénaturé vient des poteries qu'on faisait dans cet endroit. Cette rue est depuis longtemps célèbre par les établissements religieux ou d'éducation qui y sont ou qui y étaient situés. Ceux qui existent encore sont: (1º nº 24 et 26) le séminaire du Saint-Esprit, fondé en 1703 pour des prêtres qui se destinaient aux hôpitaux et au soulagement des pauvres. La maison a été occupée par l'école Normale de 1810 à 1820. Les prêtres du Saint-Esprit l'ont rachetée et en ont fait un séminaire. C'est là qu'est mort le père Loriquet.--2º (nº 34) le collége Rollin, fondé en 1816 sur l'emplacement du couvent des Filles de la Présentation-Notre-Dame.

Ceux qui n'existent plus sont: la congrégation des Eudistes, fondée en 1643 par le père Eudes pour former des prêtres qui renonçaient aux dignités ecclésiastiques et servaient dans les pauvres paroisses, dans les postes déserts et dans les missions; 2º les Religieuses de Notre-Dame-de-la-Charité ou Filles Saint-Michel, fondées par le père Eudes en 1641 pour les filles pénitentes; 3º les Orphelins de l'Enfant Jésus, fondés en 1700 pour les orphelins de père et de mère.

3º Rue de Lourcine.--Son nom lui vient d'un champ de sépultures sur lequel elle a été ouverte et qui s'appelait Locus cinerum. Au XIVe siècle, c'était un fief appartenant à la commanderie de Saint-Jean-de-Latran et où les ouvriers pouvaient travailler en franchise. On y trouvait:

1º L'hôpital de Lourcine, situé alors à l'entrée de la rue, près de la Bièvre, et sur l'emplacement de la rue Pascal: il avait été fondé par la veuve de Saint-Louis. Dans le XVIe siècle, il se trouva abandonné, et un arrêt du Parlement, en 1559, ordonna «qu'il serait saisi et mis en la main du roi, et que les malades affligés du mal honteux y seraient logés, nourris, pansés et médicamentés.» Il est probable que cet arrêt fut mal exécuté, car, en 1578, un autre acte du Parlement dit que cet hôpital était désert, «abandonné pour mauvaise conduite, tout ruiné, les pauvres non logés et le service divin non dit ni célébré.» A cette époque, Nicolas Houel, marchand apothicaire et épicier, avait demandé la permission d'établir un hôpital «pour un certain nombre d'enfants orphelins qui seraient d'abord instruits dans la piété et dans les bonnes lettres et pour après en l'état d'apothicaire, pour y préparer, fournir et administrer gratuitement toutes sortes de médicaments et remèdes convenables aux pauvres honteux de la ville et des faubourgs de Paris.» On donna à cet homme généreux l'hôpital de Lourcine; il employa toute sa fortune à l'agrandir et à le réparer, et c'est lui qui acheta le terrain destiné à la culture des plantes médicinales, qui forme aujourd'hui le Jardin de botanique. L'hospice prit le nom de Maison de la Charité chrétienne. A la mort de Houel, tout cela fut changé: Henri IV sépara l'école et le jardin des apothicaires de l'hôpital de Lourcine, et il ordonna «que les pauvres gentilshommes, officiers et soldats estropiés, vieux ou caducs, seraient mis en possession de la Maison de la Charité chrétienne et qu'ils y seraient nourris, logés et médicamentés.» On sait que c'est là l'origine de l'institution des Invalides. Louis XIII, ayant transporté ces Invalides au château de Bicêtre, l'hôpital de Lourcine fut successivement occupé par plusieurs communautés, uni à l'ordre de Saint-Lazare, enfin donné à l'Hôtel-Dieu.

2º L'abbaye des Cordelières ou Filles de Sainte-Claire de la Pauvreté-Notre-Dame, fondée en 1284 par Marguerite de Provence, veuve de saint Louis. Cette abbaye occupait tout l'espace compris entre les rues de Lourcine, Saint-Hippolyte, du Champ-de-l'Alouette, et la Bièvre: elle renfermait de beaux bâtiments, de grands jardins arrosés par la Bièvre et une église où l'on conservait comme relique le manteau royal de saint Louis. La veuve de ce roi portait la plus vive affection à cette maison qu'elle avait pieusement accolée à son hôpital de Lourcine: elle passa le reste de sa vie dans un châtel attenant à ce couvent, et qui, après sa mort, y fut annexé. Blanche, sa fille, veuve du roi de Castille, s'y fit religieuse. La situation de cette abbaye, située en dehors et dans le voisinage de la ville, l'exposa souvent à des dévastations: sous le roi Jean, sous Charles VI, pendant les troubles de la Ligue, les religieuses furent obligés de l'abandonner et de se réfugier à Paris. En 1590, les troupes de Henri IV campèrent dans son enceinte et la détruisirent presque entièrement. Les Cordelières de Sainte-Claire appartenaient au même ordre que les religieuses de l'Ave-Maria et les Capucines de la place Vendôme, et nous avons dit que leur règle était d'une austérité qui nous semble aujourd'hui surhumaine.