1º Le Collége de France, fondé par François Ier, en 1530, pour l'enseignement des langues hébraïque et grecque, des mathématiques, de la médecine, etc. Il eut pour premiers professeurs Pierre Danès, François Vatable, Martin Poblacion, Ramus, Oronce Finé, etc. Henri II y ajouta une chaire de philosophie; Charles IX, une de chirurgie; Henri III, une de langue arabe; Henri IV, une d'anatomie et de botanique; Louis XIII, une de droit ecclésiastique; Louis XIV, une de langue syriaque et une de droit français; Louis XV, des chaires de mécanique, de langues turque et persane, de droit des gens, d'histoire naturelle, etc. Il y a aujourd'hui vingt-quatre cours. Les plus illustres professeurs qui ont enseigné dans cet établissement sont: Gassendi, Guy Patin, Rollin, Tournefort, Daubenton, Lalande, Darcet, Portal, Vauquelin, Cuvier, Ampère, Lacroix de Guignes, Delille, Andrieux, etc. L'utilité du Collége de France était incontestable sous François Ier et ses successeurs, alors que les livres étaient rares, la science difficile à acquérir, l'enseignement tout oral: aussi les professeurs étaient-ils appelés lecteurs du roi, lecteurs publics. Aujourd'hui elle est fort douteuse, les cours n'ayant pas de but déterminé, ne formant pas un système d'enseignement, ne s'adressant qu'à un auditoire vague et passager; enfin, comme le disait déjà Piganiol en 1750, «les études qu'on y fait ne menant à rien,» ils semblent moins des voies d'instruction supérieure que des moyens de dotation pour quelques savants. Le Collége de France resta longtemps sans édifices pour ses cours, et les professeurs durent faire leurs lectures dans les colléges voisins de Cambrai, de Tréguier, de Lyon. «Les lecteurs du roi, écrivait Ramus à Catherine de Médicis, n'ont pas encore d'auditoire qui soit à eux; seulement ils se servent, par manière de prest, d'une salle ou plus tost d'une rue, les uns après les autres, encore sous telle condition que leurs leçons soient sujettes à être importunées et destourbies par le passage des crocheteurs et lavandières.» Ce ne fut que sous Louis XIII qu'on commença à construire, sur l'emplacement des anciens colléges de Tréguier et de Cambrai, le monument qui existe aujourd'hui: il n'a été terminé qu'en 1774 et a reçu en 1840 des agrandissement considérables, qui en ont fait l'un des plus remarquables édifices de Paris.
2º Le collége du Plessis, fondé en 1322, réuni à la Sorbonne en 1647, fut transformé en 1794 en une prison pour les détenus qui ne trouvaient pas place à la Conciergerie: on l'appelait alors Maison de l'Égalité. Administrée par Fouquier-Thinville et placée sous sa surveillance immédiate, cette prison était la plus dure et la plus triste de Paris: les détenus, qui y furent entassés jusqu'au nombre de dix-neuf cents, étaient traités avec cruauté, et la plupart n'en sortirent que pour aller à l'échafaud. Là furent renfermés Saint-Hurugues, la Montansier, la belle-fille de Buffon, les cent trente-deux Nantais, enfin Fouquier-Thinville lui-même. Cet édifice resta sans emploi jusqu'en 1830, où il fut assigné à l'école Normale: c'est aujourd'hui une dépendance du collége Louis-le-Grand.
3º Le lycée Louis-le-Grand.--Ce collége fut fondé en 1564, sous le nom de Clermont, par les jésuites, dont l'établissement à Paris venait d'être reconnu par le Parlement. C'est de là que la fameuse société dirigea le mouvement de la Ligue, c'est là que se tinrent les conciliabules des Seize. Après l'attentat de Châtel, «tous les prestres et escholiers du collége de Clermont et tous autres soy-disants de la compagnie de Jésus furent condamnés comme corrupteurs de la jeunesse, perturbateurs du repos public, ennemis du roy et de l'Estat, à sortir dans trois jours de Paris et dans quinze jours du royaume.» Ils rentrèrent en 1603, mais n'obtinrent la permission d'enseigner qu'en 1618. Sous Louis XIV, ils prirent le plus grand ascendant; leur collége fut agrandi et déclaré de fondation royale; enfin, le roi étant venu le visiter en 1682, ils lui donnèrent le nom de Louis-le-Grand. Alors ce collége, par le choix de ses professeurs et l'excellence de ses études, devint l'établissement d'instruction publique le plus renommé de la France: presque tous les jésuites célèbres en ont été successivement élèves et professeurs, tels que Rapin, Bouhours, Commire, Hardouin, Brumoy, Charlevoix, Berruyer, Tournemine, etc. Presque tous les hommes illustres du XVIIIe siècle en sont sortis: nous n'en citerons qu'un seul, Voltaire. Après la suppression de l'ordre des Jésuites, le collége Louis-le-Grand fut donné à l'Université, qui y établit ses archives, son tribunal, sa bibliothèque, y tint ses assemblées et y forma, au moyen de la suppression de tous les petits colléges voisins, Narbonne, Beauvais, Reims, etc., un collége général. Celui-ci eut un grand succès et réunit jusqu'à six cents élèves, parmi lesquels il faut nommer Camille Desmoulins et Robespierre. A l'époque de la révolution, le collége Louis-le-Grand survécut seul à tous les établissements de l'ancienne université: il devint une institution particulière, mais protégée et subventionnée par le gouvernement, et il prit en 1793 le nom d'Institut de l'Égalité. La Convention le vit sans ombrage donner une même éducation aux enfants de presque tous les hommes célèbres de cette époque, girondins, montagnards, émigrés, Vendéens, enfants dont l'État payait les pensions et qui étaient au nombre de sept cent cinquante: on remarquait parmi eux les fils de Brissot, de Carrier, de d'Elbée, de Condorcet, de Dillon, de Louvet, etc. Sous le Directoire, l'Institut de l'Égalité reçut une subvention de 200,000 francs et le nom de Prytanée français; la loi du 11 floréal an X en fit le Lycée impérial; il reprit en 1814 son nom de Louis-le-Grand, et forme depuis cette époque l'un des cinq grands lycées ou colléges de la capitale.
Parmi les monuments détruits que possédait la rue Saint-Jacques, nous remarquons:
1º La chapelle Saint-Yves, au coin de la rue des Noyers. Elle avait été fondée en 1348 par des écoliers bretons en l'honneur d'un gentilhomme de leur pays qui, après avoir étudié à Paris, s'était fait l'avocat des pauvres, et avait mérité, par cette vertu si rare, même dans le moyen âge, d'être canonisé. Les avocats et les procureurs avaient pris ce saint pour patron; mais Mézeray dit que c'était sans prétendre à imiter son désintéressement et sans ambitionner les honneurs du royaume des cieux, se contentant humblement des biens de ce monde [79]. «Il n'y a pas longtemps, ajoute Millin, qu'on voyait suspendus aux voûtes de cette église une multitude de sacs de palais. Comme ils présentaient un aspect désagréable, les administrateurs de Saint-Yves ont fait disparaître ces monuments poudreux de la simplicité de nos pères et de leur haine pour les gens de robe. Un plaideur dont le procès était terminé suspendait son sac à la voûte, comme un boiteux redressé suspend sa béquille dans la chapelle d'une madone.»
2º L'église Saint-Benoît, ou, plus exactement, de la Saincte-Benoîte-Trinité. Sa fondation remontait au VIIe siècle, quoiqu'on lût sur un de ses vitraux: «dans cette chapelle, saint denis a commencé à invoquer le nom de la sainte trinitré[** trinité?].» C'était une église collégiale, c'est-à-dire ayant chapitre de chanoines, lesquels avaient juridiction temporelle sur une partie du quartier: aussi le cloître renfermait-il une prison. L'église Saint-Benoît, monument très-vénéré de nos pères, avait été reconstruite en 1517 et renfermait les sépultures du jurisconsulte Domat, du professeur Daurat, de Claude et Charles Perrault, du graveur Gérard Audran, du comédien Baron, et, dans son cimetière, celles d'un très-grand nombre d'imprimeurs, libraires et graveurs, non-seulement de ce quartier, mais des quartiers voisins. Parmi eux nous citerons Badius, Vascosan, les Morel, les Nivelle, les Dupré, les Cramoisy, Édelink, Mariette, etc., noms chers aux lettres et aux arts, qui reportent la pensée vers ces temps, hélas! si loin de nous, de calmes méditations, de sérieuses études, de travaux consciencieux et honorés! Dans ces derniers temps, l'église Saint-Benoît était devenue, par une odieuse transformation, un ignoble théâtre où les étudiants et les blanchisseuses du quartier allaient applaudir les vaudevilles graveleux qui se débitaient dans l'ancien sanctuaire. Ce théâtre est aujourd'hui devenu une maison particulière.
3º L'église Saint-Étienne-des-Grés, située au coin de la rue du même nom, était très-ancienne; une tradition prétendait qu'elle avait été bâtie et dédiée par saint Denis, et que son nom était, non pas des Grés (de Gradibus), mais des Grecs, parce que saint Denis et ses compagnons venaient d'Athènes. Il est certain qu'elle existait au VIIe siècle. Sept siècles après sa fondation, ce quartier n'était pas encore bâti, et elle se trouvait entourée de vignes, où l'on voyait le pressoir du roi. Elle a été détruite pendant la révolution. Dans son cimetière on a trouvé trente cercueils romains du temps de Constance Chlore.
Voici les principales rues qui aboutissent dans la rue Saint-Jacques:
1º Rue de la Bûcherie, ainsi nommée du port au bois qui en était voisin. Dans cette rue furent établies en 1481 les écoles de médecine et de chirurgie. Jusqu'à cette époque, la Faculté de médecine, qui datait de 1280, n'avait pas eu d'écoles particulières. L'amphithéâtre d'anatomie fut construit en 1617: la maison subsiste encore au nº 13. L'École de médecine fut transférée dans la rue des Cordeliers en 1769, et nous l'y retrouverons.
Dans la rue de la Bûcherie aboutissent: 1º la rue des Rats ou de l'Hôtel Colbert. Au nº 20 est une maison qui a appartenu au grand ministre de Louis XIV et dont la construction date du XVIe siècle: on y remarque des frises sculptées et des bas-reliefs d'une belle exécution, qui ont été faussement attribués à Jean Goujon.--2º La rue Saint-Julien-le-Pauvre, ainsi appelée d'une église qui existait déjà du temps de Grégoire de Tours, car, lorsque ce prélat venait à Paris, il y logeait dans des bâtiments affectés aux pèlerins. On sait que saint Julien était le patron des voyageurs, et un grand nombre d'hôtelleries ou d'hospices avaient été construits sous son nom par la piété des fidèles. Cette église, détruite par les Normands, fut rebâtie au XIIe siècle, et l'Université y tint pendant quelque temps ses séances. A l'époque où les métiers étaient unis par les liens de la fraternité religieuse, elle devint le siége des confréries des papetiers, des couvreurs et des fondeurs. Réunie à l'Hôtel-Dieu en 1665, elle lui sert aujourd'hui de chapelle. Son architecture est du style le plus gracieux.--3º La rue du Fouarre, ainsi appelée d'un vieux mot qui veut dire paille. Les écoles, d'abord restreintes à la place Maubert, s'étendirent jusqu'à cette rue, qui prit son nom de la paille où les écoliers s'asseyaient pour écouter les leçons de leurs maîtres et dont ils faisaient ample consommation. Cette rue est célèbre dans les écrits de Dante, de Pétrarque, de Rabelais, etc. En 1535, le Parlement ordonna d'y mettre deux portes pour empêcher le passage des voitures pendant les leçons.