L'église, le cloître et une partie des bâtiments ont été détruits pendant la révolution; le reste devint sous l'Empire une maison de correction pour les enfants; aujourd'hui, cette maison est occupée par une école municipale et une caserne.

7º Rue Soufflot.--Cette rue conduit au Panthéon et doit son nom à l'architecte de ce monument.

L'emplacement du Panthéon était occupé, sous les Romains, par une grande fabrique de poteries, pour laquelle on avait ouvert des puits très-profonds, où l'on a retrouvé des fours et des vases nombreux; il fut ensuite occupé par des clos de vignes et enfin par des maisons et jardins dépendant de l'abbaye Sainte-Geneviève. Ce monument, qui tire de sa situation, non moins que de sa masse imposante et de ses riches détails, un caractère si frappant de grandeur, fut fondé en 1758 pour remplacer l'ancienne église Sainte-Geneviève, qui tombait en ruines. Ce n'était plus le temps où l'on bâtissait si aisément des centaines de basiliques avec la foi des peuples et la munificence des rois: on était en plein XVIIIe siècle, c'est-à-dire à l'époque où la philosophie voltairienne battait en brèche le catholicisme; aussi Louis XV pourvut-il aux dépenses de construction de la nouvelle Sainte-Geneviève, non, comme Clovis, avec la dépouille des Ariens vaincus, mais en augmentant le prix des billets de loterie. Le monument n'était pas achevé quand l'Assemblée constituante, en 1791, décréta qu'il prendrait le nom de Panthéon, qu'il serait destiné à la sépulture des grands hommes, qu'on inscrirait sur sa frise: aux grands hommes la patrie reconnaissante, enfin que Mirabeau y serait enterré. Nous avons dit avec quelle pompe les restes du grand orateur furent conduits au Panthéon, et que cette pompe fut répétée pour Voltaire, Lepelletier de Saint-Fargeau, Jean-Jacques Rousseau, Marat, etc. Mirabeau en fut expulsé sous la Convention, Marat après le 9 thermidor.

Pendant ce temps, les ornements du monument avaient été changés: le fronton était d'abord décoré d'une croix à rayons divergents, avec des anges adorateurs, œuvre de Coustou; on la remplaça par un bas-relief symbolique, aussi froid qu'incompréhensible, représentant la Patrie qui récompense la Vertu et le Génie, la Liberté terrassant le Despotisme et la Raison combattant l'Erreur. Sous le porche étaient cinq bas-reliefs figurant la vie de sainte Geneviève: ils furent remplacés par cinq autres représentant les droits de l'homme, l'empire de la loi, l'institution du jury, le dévouement patriotique, l'instruction publique; enfin, les quatre nefs qui avaient été consacrées à l'histoire de l'Ancien Testament, de l'Église grecque, de l'Église latine, de l'Église française, le furent à la philosophie, aux sciences, aux arts, à l'amour de la patrie.

Napoléon, en 1806, rendit au culte l'édifice, en lui laissant ses ornements philosophiques et son caractère de Panthéon, c'est-à-dire de nécropole des grands hommes; mais il estima comme tels les grands dignitaires de sa cour, et il mit à côté de Lannes, de Bougainville, de Lagrange, des sénateurs et des chambellans inconnus. La Restauration rendit à l'édifice le nom de Sainte-Geneviève, fit disparaître son inscription, les bas-reliefs du fronton, du porche et des nefs, orna sa triple coupole des belles peintures de Gros, qui représentent l'apothéose de la vierge de Nanterre, enfin donna une sépulture à Soufflot dans la chapelle basse du monument. La révolution de 1830 en fit disparaître le nom de Sainte-Geneviève et le culte catholique, lui rendit son nom païen de Panthéon, avec sa destination révolutionnaire, et le décora d'un beau fronton, œuvre de David d'Angers, mais dont la composition historique n'est pas heureuse. Depuis cette époque, le monument resta vide, nu, muet, attendant des grands hommes, attendant un culte, des ornements, des cérémonies, triste et honteux témoignage de notre instabilité, de notre facilité à détruire, de notre impuissance à édifier. Quelques curieux parcouraient sans respect comme sans émotion cette montagne de pierres qui glaçait le corps et l'âme, qui était sans but comme sans signification; et l'on se contentait d'embellir ses abords en attendant qu'on trouvât une destination à ce temple de tous les dieux, qui n'a plus de dieu. «Faire du Panthéon la sépulture des grands hommes, disions-nous en 1846, est une idée très-belle et très-nationale, mais il n'est pas besoin pour cela d'en chasser le culte catholique; la religion et la patrie peuvent avoir le même temple; d'ailleurs, nos mœurs et nos habitudes ne comprennent pas des tombeaux sans la croix qui les couronne. N'y aurait-il pas quelque poésie à mettre les cendres des hommes de génie qui ont éclairé ou sauvé la France sous la protection de l'humble bergère dont la douce figure nous apparaît, au fond de nos annales, écartant les barbares de Paris naissant? Un temple à sainte Geneviève; qui aurait pour ornement principal la statue d'une autre bergère, d'une autre patronne de la France, de la sainte martyre de Domrémy, pour laquelle Paris n'a pas eu un souvenir; un temple à sainte Geneviève, qui couvrirait les restes de Richelieu et de Mirabeau, de Descartes et de Bossuet, de Molière et de Voltaire, serait vraiment le Panthéon de la France.» Depuis la révolution du 2 décembre 1852, le Panthéon a été rendu au culte sous le nom de Sainte-Geneviève.

Le Panthéon et la belle place qui le précède ont eu une triste célébrité dans la bataille de juin: c'était le quartier général de l'insurrection sur la rive gauche de la Seine. Aussi, ce fut seulement le 24 juin que les troupes commandées par Damesme, après avoir enlevé toutes les barricades de la rue Saint-Jacques, arrivèrent par la rue Soufflot sur la place du Panthéon, où les insurgés occupaient ce monument, l'École de droit et les maisons voisines. Après un combat acharné, où Damesme tomba frappé d'une blessure qui devait être mortelle, la place fut emportée, le canon enfonça la grande porte du Panthéon, la troupe s'y précipita et s'y fortifia comme dans une citadelle.

Sur la place du Panthéon sont deux bâtiments symétriques destinés à l'ornement de cette place: le premier, construit récemment, est la mairie du douzième arrondissement; le second est l'École de droit, bâtie en 1771 sur les dessins de Soufflot. Cette école avait été, jusqu'à cette époque, dans la rue Saint-Jean-de-Beauvais: elle manquait d'emplacement; cours et examens y étaient nuls ou dérisoires; les diplômes s'y vendaient. «Ces écoles, dit un écrivain du temps, sont l'abus le plus déplorable et la farce la plus ridicule.» On leur bâtit un édifice, mais on ne les rendit pas meilleures. La révolution les supprima avec les avocats, procureurs et autres clients de saint Yves; l'Empire les rétablit, ainsi que tous les procéduriers de l'ancien régime, et, depuis cette époque, depuis que la division extrême des propriétés a fait des gens de loi la classe la plus influente de l'État, leur importance n'a fait que s'accroître. Nous avons vu dans l'Histoire générale que, pendant la Restauration et après la révolution de 1830, les jeunes libéraux des écoles de droit étaient à la tête de toutes les insurrections, de tous les mouvements démocratiques, et que, plusieurs fois, ils ont imposé leur volonté au gouvernement.

Les cours qui sont professés à l'École de droit sont ceux de droit romain, de droit civil français, de procédure, de droit criminel, de droit commercial, de droit naturel, de droit administratif, etc.

§ II.