1º L'École des Mines, occupant les bâtiments de l'hôtel de Chaulnes, «l'un des plus parfaits, dit Piganiol, qu'il y ait à Paris.» Cet hôtel avait été construit en 1706 par les Chartreux et leur appartenait. De grands embellissements y ont été récemment opérés, et l'on vient de lui ajouter une façade monumentale. L'École des Mines, fondée en 1783 et réorganisée en 1794, a de très-riches collections, qui renferment plus de cent cinquante mille échantillons.
2º L'hospice des Enfants-Trouvés (nº 71).--Dans les temps anciens, les évêques de Paris avaient près de Notre-Dame une maison destinée à recevoir les enfants abandonnés, lesquels étaient exposés dans l'église même pour exciter la pitié des fidèles; nonobstant, la plupart de ces malheureuses créatures périssaient sans secours. En 1552, un arrêt du Parlement ordonna de mettre les enfants trouvés à l'hôpital de la Trinité et enjoignit aux seigneurs ecclésiastiques, haut-justiciers de Paris, de pourvoir à leur entretien. Cet arrêt ne fut qu'à demi exécuté, car les seigneurs, au nombre de seize, donnèrent seulement une rente de 960 livres par an. En 1570, on établit les enfants trouvés dans deux maisons voisines du port Saint-Landry; mais ils continuèrent à mourir, faute de soins, ou à être l'objet du plus infâme trafic, «le prix courant des enfants trouvés étant de vingt sols.» En 1638, Vincent de Paul réunit les dames pieuses avec lesquelles il opérait toutes ses fondations charitables, et leur proposa de fonder un hospice pour les enfants trouvés. Cet hospice fut établi près de la porte Saint-Victor, mais ses ressources étaient encore si faibles qu'on fut obligé de tirer au sort les enfants qu'on élèverait et d'abandonner les autres. Trois cent douze furent ainsi conservés. En 1641, le roi donna aux enfants trouvés le château de Bicêtre et douze cents livres de rente. En 1667, le Parlement ordonna aux seigneurs haut-justiciers de fournir une rente de quinze cents livres pour leur entretien. En 1670, il fut résolu de leur bâtir un hospice dans le faubourg Saint-Antoine, et la reine Marie-Thérèse en posa la première pierre. En 1800, cet hospice a été transféré rue d'Enfer, et il renferme sept cents lits ou berceaux: on n'y reçoit que des enfants qui ont moins de deux ans; passé cet âge, ils sont envoyés à l'hospice des orphelins; mais ce chiffre de sept cents lits ne représente qu'une partie de la population secourue par cet hospice, la plupart des enfants étant envoyés en nourrice dans les campagnes. Ce dernier chiffre s'est élevé à 22,615 pour 1850. En 1670, le nombre des enfants admis dans l'hôpital ou entretenus par lui était de 500; en 1700, de 1,750; en 1740, de 3,150; en 1770, de 6,000; en 1790, de 5,800; en 1795, de 3,200; en 1812, de 5,400; en 1840, de 4,800.
3º L'infirmerie de Marie-Thérèse, fondée en 1819 par la duchesse d'Angoulême et madame de Châteaubriand, pour les prêtres infirmes et malades. Auprès d'elle est la maison qui fut habitée longtemps par Chateaubriand: «Je m'y trouvais à la fois, dit-il lui-même, dans un monastère, dans une ferme, un verger et un parc.»
La rue d'Enfer est coupée dans sa partie supérieure par l'avenue de l'Observatoire, qui est le prolongement de l'avenue du Luxembourg. C'est à l'extrémité septentrionale de cette avenue que le maréchal Ney a été fusillé le 7 décembre 1815. Un monument a été élevé à la place où cette illustre victime de nos discordes est tombée sous les balles royalistes. L'avenue de l'Observatoire aboutit en face de cet édifice, lequel se trouve ainsi dans l'axe du palais du Luxembourg.
L'Observatoire fut fondé en 1667 par Louis XIV et construit sur les dessins de Claude Perrault, pour servir aux observations astronomiques: c'est un monument très-simple, formé d'un bâtiment carré avec des tours octogones au midi. Sa destination n'a jamais changé, et il a reçu depuis cinquante ans de nombreuses améliorations.
La barrière d'Enfer ouvre la grande route de Paris à Orléans. On trouve dans son voisinage l'hospice de la Rochefoucauld, maison de retraite pour les vieillards, fondée en 1781; l'embarcadère du chemin de fer de Sceaux; enfin, dans la cour du pavillon ouest de la barrière, la principale entrée des Catacombes. On donne ce nom aux vastes souterrains et carrières qui existent sous la plus grande partie de Paris méridional et qui proviennent de l'extraction des pierres avec lesquelles on a bâti la ville. Jusqu'en 1775, on ne s'inquiéta pas de ces excavations, faites depuis le temps des Romains et surtout depuis le XIIIe siècle, sans soin et sans précaution; mais, des éboulements et des affaissements ayant jeté l'alarme, une visite fut faite, et l'on s'assura «que les temples, les palais et la plupart des voies publiques des quartiers méridionaux de Paris étaient près de s'abîmer dans des gouffres immenses.» Alors de grands travaux furent entrepris pour consolider les voûtes de ces carrières, et ces travaux, continués jusqu'à nos jours, ont fait disparaître toutes les craintes.
C'est dans une partie de ces souterrains qu'ont été transportés les ossements du cimetière des innocents et des autres cimetières de Paris supprimés en 1785 et pendant la révolution, auxquels on a ajouté les restes des personnes tuées dans les combats d'août 1788, dans l'affaire Réveillon, dans la journée du 10 août, enfin dans les massacres de septembre. On suppose que huit à dix millions de squelettes, composant presque toute la population de Paris depuis Clovis, ont été ainsi transférés dans les Catacombes; mais au lieu d'y être respectueusement et obscurément déposés, on en a tapissé les murs avec une certaine recherche, dans un but de décoration et pour faire de ces gouffres une sorte de palais de la Mort. On éprouve une douloureuse impression en voyant ces milliers de têtes symétriquement alignées en cordon, ou enlacées de mille manières, ou bien formant des colonnes, des piédestaux, des obélisques; des autels funéraires. Rien ne distingue les ossements de l'homme vulgaire et de l'homme illustre; aucun souvenir n'a été conservé; quelques inscriptions apprennent seulement de quel cimetière ou de quelle église ces tristes débris ont été extraits. Cette étrange, monotone et presque sacrilége architecture a été faite sous l'Empire par les ordres du préfet de la Seine, Frochot.