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Le Nouveau-riche a fait fortune, pendant la guerre, en vendant des choses à l'État, ou en vendant d'autres choses aux simples particuliers. Quelquefois, il menait les deux commerces.
L'État, qui a l'avantage de faire payer ses factures par les contribuables, achetait à n'importe quel prix, pourvu qu'il fixât lui-même ce prix. Il le fixait n'importe comment, au hasard de préférence, mais avec un goût de l'excessif que les monarchies les plus dépensières n'ont jamais connu.
Pour la vente aux simples particuliers, par manière de compensation, c'est le marchand qui fixait les prix. En citoyen libre d'une libre république, il les fixait avec une fantaisie que les humoristes les plus audacieux n'auraient pas inventée.
Notons seulement qu'en France les simples particuliers et les contribuables se confondent. Si nous ne sommes pas encore tous ruinés, il y a de quoi en rester confondu.
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Selon Hésiode, Ploutos, dieu de la richesse, était fils de Déméter, déesse des moissons. Ainsi, les champs ayant besoin de la paix selon tous les poètes, nul n'aurait dû pouvoir s'enrichir pendant la guerre. On sait qu'il en fut autrement.
Mais il serait puéril de convaincre les Grecs de mensonge. La prescription les sauve. D'ailleurs, la paix donne la richesse, on ne peut le nier. Elle la donne toutefois plus grande avant même d'être la paix. Cela aussi est une triste vérité.
Pendant la guerre, les mercantis de tout poil furent d'une endurance digne d'éloges.
Ceux de la zone des armées n'hésitaient pas à passer des nuits blanches derrière leurs volets clos, afin d'héberger les soldats désireux de boire de verts bourgognes servis par des Madelons souvent attigées.