L’hôpital devenait un paradis. Je regorgeais de biens. Le Suisse présuma que je lui abandonnerais le Liebesgabe; mais j’appelai mon compagnon du lavabo. Il entra timidement.

—La sœur ne vous a rien dit? fit-il.

—Non. Pourquoi?

—Elle nous a défendu de vous parler, et elle a dit que, si elle nous voyait avec vous, elle nous punirait.

—Alors, sauvez-vous! Et emportez ça, vite!

Mais il ne se hâtait pas de ramasser les biscuits, les cigarettes, et les quelques friandises que je lui avais préparées. Je lui conseillai de ne pas s’attarder chez moi.

—Oh! fit-il, moi, je m’en f...

La méchante Schwester, bien allemande, joignait donc la sournoiserie à la haine. Pourquoi menacer mes compatriotes moins élevés dans la hiérarchie militaire, et pourquoi ne pas même m’informer de sa décision?

Mais il était écrit que j’en verrais d’autres encore.

Vers quatre heures, je lisais. Ma porte s’ouvrit. Je me retournai. La grande diaconesse entra, et je me levai. Elle introduisit chez moi une madame savamment endimanchée, qui me contempla comme on contemple un tigre dans une ménagerie. Je fis demi-tour sans rien dire, et repris ma lecture.