Mais on l’éloigne.
Nous obliquons à gauche. J’aperçois des Anglais, des Belges, un Russe. Mais je n’ai pas le temps d’en voir davantage, on nous fait entrer dans le bâtiment nº III.
CHAPITRE VI
LA QUARANTAINE
(12 mars 1916).
Au deuxième étage du bâtiment nº III de la citadelle de Mayence, de nombreuses portes numérotées s’ouvrent avec un bruit de lourde ferraille sur un long couloir, humide et sombre, dallé de pierre. La chambre nº 28 reçut les vingt-deux sous-lieutenants de notre détachement, tandis que les capitaines et les lieutenants, moins nombreux, étaient cloîtrés ensemble dans une chambre voisine. Pour vingt-deux hommes, la chambre nº 28 était insuffisante. Mais, pour des prisonniers, tout est toujours suffisant.
Deux fenêtres ont vue sur la cour intérieure de la citadelle. Déjà quelques officiers s’avancent pour prendre contact avec le paysage. Une voix impérieuse nous annonce qu’il est formellement prescrit que les fenêtres soient fermées toujours. Seuls, les vasistas peuvent être manœuvrés à volonté. Nous ne saisissons pas l’opportunité d’une telle interdiction, mais nous ne sommes pas ici pour comprendre les ordres qu’on nous donnera, même le plus fantaisistes.
Le long des murs, dans le sens de la longueur de la pièce, deux rangées de lits militaires superposés par deux, les châlits de fer s’emboîtant les uns au-dessus des autres, ce qui fait penser à des séries de boxes dans une exposition canine. Chaque lit est pourvu d’une paillasse de varech, extrêmement dure, et de deux couvertures de laine blanche. Près de la porte d’entrée, à gauche, il y a un grand poêle de fonte, où l’on nous allume du feu dès notre arrivée. Le milieu de la chambre est occupé par deux grandes tables massives, des bancs épais et des escabeaux. De chaque côté de la porte, quelques placards, hauts et étroits, armoires réglementaires de sous-officiers, sont alignés.
Telle est la cage où l’on nous enferme avec un bruit terrible de grosses clefs tournant dans de grosses serrures. Et les bottes pesantes résonnent sur les dalles du corridor. Mais, presque au même instant, le bruit des grosses clefs recommence, la porte s’ouvre en grinçant, et un officier allemand entre d’un air dégagé, la main à la casquette pour saluer.