—Le colonel dit que, si vous les donnez, il ne vous punira pas. Mais, si vous ne les donnez point, vous recevrez des arrêts de rigueur, et toute la chambre comme vous.
—.....
La cérémonie est terminée. Fut-elle plus sinistre que ridicule? Quand Barzinque s’en va, fier comme un âne qui porte un sac d’éponges, ou quand le Lièvre effrayé s’éloigne en se cognant à tous les meubles, tant il est confus, tous les prisonniers de la chambre éclatent de rire, et quelqu’un conclut toujours:
—On les aura.
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Les officiers de l’armée française ont à mainte reprise rendu hommage au dévouement de leurs ordonnances. Mais quel hommage ne devons-nous pas aux nôtres, nous, officiers prisonniers? A Vöhrenbach, ils étaient une trentaine de soldats, et presque tous ne méritent que des éloges. Certes, quelques-uns ne faisaient pas toujours un joli métier, quand ils espionnaient pour le compte de la kommandantur. Hélas! la faim est mauvaise conseillère, et nous les oublierons, ces malheureux, pour donner toute notre gratitude aux autres. Car les autres étaient magnifiques.
Il n’y avait pas d’évasion d’officier où ne fût mêlée au moins une ordonnance. Souvent, le soldat quittait le grenier pour s’installer dans le lit d’un lieutenant, ou bien, revêtu d’une capote prêtée, il se glissait parmi nos rangs au moment de l’appel. Il dépensait des prodiges de ruse, pour tromper les Allemands et tromper aussi certains camarades à l’affût. Il n’ignorait pas ce qu’il risquait, la cellule et le retour dans un camp de troupe, bagne horrible. Mais il risquait tout d’un cœur ardent.
Et quelle insolence dans leur attitude en face des geôliers! Ils avaient de splendides audaces. L’Allemagne les habillait de façon à les rendre minables et souvent grotesques. Elle leur posait sur les bras et les jambes une bande à la peinture rouge. Ils grandissaient d’autant. O soldats de chez nous, si simples sur le champ de bataille, si dignes dans les camps d’esclavage! Comment noter cet héroïsme de toutes les heures dont vous ne vous relâchiez jamais et cette vertu française qui flambait en vos yeux tristes?
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Quelquefois, une animation fébrile pénétrait au camp de Vöhrenbach, je veux dire parmi nos gardiens. C’est lorsqu’on attendait la visite d’un secrétaire de quinzième classe de l’ambassade d’Espagne. On balayait, on lessivait, on astiquait, on corsait l’ordinaire du jour, on hurlait, on chambardait tout. Cependant les prisonniers souriaient, dédaigneux du spectacle qu’on préparait.