Et je sentis qu’elle pleurait.
LX
Tout n’était donc pas encore consommé. Les dernières paroles de ma mère trahissaient et son inquiétude et sa tendresse. J’y songeais en regagnant l’hôpital, au bras de Michelle. Et je songeais que, si je dictais à ma fiancée une lettre assez franche, assez explicite, assez affectueuse, assez filiale enfin, ma mère nous rendrait, d’un cœur apaisé, toute la tendresse que nous réclamions d’elle, Michelle et moi, sans nous l’avouer. Mais ma mère ne s’inquiéterait-elle pas davantage de lire des confidences que Michelle aurait transcrites ? Je songeais aussi que Michelle pourrait écrire personnellement une lettre telle qu’elle était capable d’en écrire. Mais n’avait-elle pas dépensé déjà, sans succès, toutes les preuves d’affection dont elle ne s’était pas montrée avare, malgré le peu d’empressement que mettait ma mère à les recevoir ? Comme je marchais à côté d’elle sans rien dire :
— A quoi pensez-vous ? me demanda Michelle.
— A vous, répondis-je.
Je ne mentais pas.
— Mais encore ? fit-elle.
J’expliquai :
— Je pense à la reconnaissance que je vous dois pour les gentillesses que vous avez eues à l’égard de ma mère.
— Si vous le prenez ainsi, Pierre, répliqua-t-elle, je vous en dois davantage pour le plaisir que vous m’avez fait en réapprenant vos prières.