—«Ami», dit-il, «écoutez une bonne nouvelle. Dieu consent que vous soyez sauvé. Quittez donc toute inquiétude: vous saurez bientôt ce que Dieu de vous exige. Je n’ai qu’une crainte: c’est que vous ne puissiez pas endurer la pénitence qui vous est imposée.»
—«Seigneur», répondit Robert, «sachez-le bien: il n’est rien au monde que je ne sois prêt à faire pour reprendre mon âme au Diable qui en veut sa part.»
—«Dieu vous aime», dit l’ermite, «puisqu’il vous inspira de venir jusqu’à moi. Écoutez donc, beau doux ami, et apprenez la pénitence que Dieu me révéla tout à l’heure.»
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Alors, l’ermite prononça:
—«Tout d’abord, de par Dieu, et sans faute, il faut que vous contrefassiez si parfaitement l’innocent et le fol, que l’on vous poursuive par les rues à coups de bâtons et de pierres, sans compter les huées qui vous accueilleront partout. Mais, où que vous soyez, gardez-vous de frapper personne! Faites-en seulement semblant, afin d’éloigner de vous les vilains et autres rustres qui vous attaqueront lâchement. Et ne laissez passer un seul jour sans amasser après vous le peuple de la ville, même si vingt mille gueux vous devaient assaillir, conspuer, battre, exciter, ou meurtrir.»
Robert ne répondit point.
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L’ermite continua:
—«Cette première pénitence, ami, est fort rude et cruelle. Mais l’autre est encore plus douloureuse. Dès que vous serez parti d’ici, et où que vous alliez et que vous vous trouviez par la suite, gardez-vous de jamais parler, quoi que vous voyiez. Vous serez éternellement muet. Car, si une seule parole, quelle qu’elle soit, sort de votre bouche, quel que soit le besoin qui vous presse, vous retomberez aussitôt au pouvoir du Méchant. Néanmoins, quand vous recevrez de moi l’ordre de parler, vous pourrez le faire sans dommage. Veillez donc, Robert, et soyez sur vos gardes!»