—Mienne...

Je ne trouvais rien à répondre. Tandis qu’elle achevait, elle s’était remise à pleurer. Je la pris contre moi, comme une enfant qui a du chagrin. Sous mes caresses elle s’apaisa, elle sourit.

—Je t’aime, finit-elle par murmurer.

J’étais écrasé de bonheur, et confus. Que subsistait-il après cela de mes craintes et de ma jalousie?

—Et toi, dit-elle avant de se lever pour partir, tu l’aimes, ta Tienne? Tu peux l’aimer, va.


MA dernière semaine de juin, après la scène que j’ai rapportée, fut parfaite. Mon amie, toute à ses préparatifs de départ, emplissait de sa gaieté notre petit appartement. Apaisé, je pris plaisir à croire que mes imaginations n’étaient que fantômes, souffles, et riens, comme elle me l’avait dit. Est-ce parce qu’elle me sentait plus calme? Est-ce parce qu’elle se faisait une joie de m’avoir bientôt près d’elle constamment pendant plusieurs jours? Mon amie riait à tout propos, chantait, me décrivait la propriété d’Argenton et en particulier l’immense parc où j’aurais à planter ma fontaine et mes statues.

—Ce sera peut-être, dans dix ans, le seul souvenir de toi qui me restera, me dit-elle.

Elle me l’avait déjà dit. Pour me le répéter, craignait-elle donc de me perdre?

Elle ajouta: