Le beau-frère ne revint que lorsque j’eus achevé.

—C’est bien ce que je disais? fit-il. Alors je vous enlève. Voici la voiture. Prenez place. Une lieue de route, et je vous ouvre la porte de votre domaine.

Il s’assit au volant, moi près de lui. L’automobile traversa la ville de bout en bout. La trompe sonnait. Le beau-frère conduisait en maître.

Une route blanche, des prairies. Des animaux au pâturage. Un joli petit château, sur la gauche, au milieu d’un bassin circulaire. Une côte à grimper. Un hameau. Une grande ferme. Des écuries. Un poulain gambadant à côté d’une jument. Des arbres. De la verdure. Paysage médiocre et frais.

Le beau-frère dirigea son doigt vers la droite.

—La Creuse, dit-il. Nous approchons.

Une brise légère, que nous ne sentions pas, agitait le feuillage des peupliers. Acceptant mal ma déception, et cherchant déjà pour quel motif plus secret mon amie ne m’avait ni devancé à Argenton, ni retenu à Paris, silencieux près du beau-frère qui ne disait rien ou que des lambeaux de phrases, j’aurais aimé que la voiture m’emmenât loin, très loin, n’importe où. Ne m’emmenait-elle pas à un piège? Attristé, j’eus l’impression que j’allais à une catastrophe.

La voiture, ralentissant, s’engagea dans un petit chemin qui s’embranchait sur la grand’route et descendait en pente assez raide vers la rivière.

—Le domaine en question.

Le bas du petit chemin s’enfonçait dans une forêt véritable, épaisse masse verte dont une trouée révélait le cours de la Creuse.